Archive for the Féminisme Category

Remembering Anuradha Gandhy: “People’s War has shattered the hesitations of the women of Dandakaranya!”

Posted in Féminisme on 8 mars 2012 by nsrgnt

[Anuradha Gandhy, a leading member of the Communist Party of India (Maoist), was both intellectual and activist who wrote about and organized the revolutionary women’s movement in India, developed theory on the relationship of the women’s movement and the movement of Dalits to the overall revolutionary struggle, and many other significant contributions.  Her life was cut short with an untimely death due to disease in 2008.  But her spirit and her words continue to guide the ongoing revolutionary movement. As March 8, International Women’s Day, approaches, we offer this interview with « Anu » from 2001. — Frontlines ed.]

Interview with Com. Janaki (Anuradha Gandhy) from the March 2001 issue of Poru Mahila, the organ of Krantikari Adivasi Mahila Sanghatan, DK.

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Citation du mois – mars 2012

Posted in Citation, Féminisme on 1 mars 2012 by nsrgnt

Helen Keller

The country is governed for the richest, for the corporations, the bankers, the land speculators, and for the exploiters of labour. Surely we must free men and women together before we can free women. The majority of mankind are working people. So long as their fair demands — the ownership and control of their lives and livelihood — are set at naught, we can have neither men’s rights nor women’s rights. The majority of mankind are ground down by industrial oppression in order that the small remnant may live in ease. How can women hope to help themselves while we and our brothers are helpless against the powerful organizations which modern parties represent and which contrive to rule the people? They rule the people because they own the means of physical life, land, and tools, and the nourishers of intellectual life, the press, the church, and the school. You say that the conduct of the woman suffragists is being disgracefully misrepresented by the British press. Here in America the leading newspapers misrepresent in every possible way the struggles of toiling men and women who seek relief. News that reflects ill upon the employers is skillfully concealed — news of dreadful conditions under which labourers are forced to produce, news of thousands of men maimed in mills and mines and left without compensation, news of famines and strikes, news of thousands of women driven to a life of shame, news of little children compelled to labour before their hands are ready to drop their toys. Only here and there in a small and as yet uninfluential paper is the truth told about the workman and the fearful burdens under which he staggers.

Helen Keller, Out of the Dark (1913)

Manifestation pour la journée internationale des femmes

Posted in Événement, Féminisme on 23 février 2012 by nsrgnt

Résistons à l’agression des minières et des pétrolières!
FEMMES À LA DÉFENSE DE LA TERRE-MÈRE

Pour la terre, la vie et la survie

Manifestation à l’occasion de la journée internationale des femmes – joignez-vous au contingent du Front féministe prolétarien et révolutionnaire

Le jeudi 8 mars 2012
Rassemblement à 18h00 à la place Norman-Bethune,
Montréal (métro Guy-Concordia)

Pour plus d’info: Femmes de diverses origines

Journée d’échange organisée par Femmes de diverses origines

Posted in Événement, Féminisme on 23 février 2012 by nsrgnt

When/Quand: Sunday, March 4, 2012
Time/Heure: 10:00am until 4:30pm
Where/Ou: Centre communautaire 6767 Côte-des-neiges Montréal

 
Résistons à l’agression des minières et des pétrolières!
FEMMES À LA DÉFENSE DE LA TERRE-MÈRE
Pour la terre, la vie et la survie
Une journée de témoignages, échanges , expressions culturelles
Incluant des préparatifs pour la Manifestation du 8 mars Journée des Femmes

 
Resist aggressive mining and drilling!
WOMEN DEFENDING MOTHER EARTH
For land, life and livelihood
A day of testimonials, active exchange, cultural expression
Including preparations for March 8 Women’s Day Demonstration

 

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Présentation autour de la naissance du patriarcat

Posted in Féminisme, Théorie on 4 janvier 2012 by feministeenrage

En Rome antique, la naissance de la démocratie au sein d’un organe de pouvoir organisateur de la communauté de patriarches puise ses référents dans la gestion de la sphère domestique, à travers des processus de différenciation entre le féminin et le masculin. L’origine du politique est donc patriarcale. La gestion inégalitaire des surplus de l’agriculture et de la guerre entre les clans a formé l’espace du politique. Le pouvoir politique mesuré en fonction de la propriété des terres cultivables et des esclaves y travaillant délimitait la force politique du chef du domus (le domaine). Ainsi, le pater familias (pater: père du domaine, familias: l’ensemble des esclaves) est un homme à qui on a attribué un ensemble de valeurs qui ont construit son identité masculine. La masculinité s’est donc construite dans l’élaboration du politique. La féminité s’est d’abord construite comme outil du politique (comme reproductrice des humains de la cité, confidente et médiatrice des rapports sociaux de propriété pour le pater familias). La mythologie gréco-romaine et la production des écrits historiques de l’époque de la Rome antique raconte une identité féminine ennemie du pouvoir politique pour maintenir l’ordre de la succession patriarcale des richesses. (idée tirée de Michèle Riot-Sarcey, 2010, chap. La démocratie athénienne et les femmes, pp.26-48)

À lire !

NUS: Students turning to prostitution to fund studies

Posted in Actualité, Féminisme on 14 décembre 2011 by nsrgnt

Greater numbers of students in England are turning to prostitution to fund their education, the National Union of Students (NUS) claims.

The NUS also says students are turning to gambling and taking part in medical experiments to fund their studies.

It says increased living costs and fees, and cuts to the education maintenance allowance, play a part.

But the government says it offers students a « generous package » of financial support.

Speaking to BBC Radio 5 live’s Breakfast programme, Estelle Hart, the NUS’s national women’s officer, said government cuts had put more pressure on students.

« Students are taking more dangerous measures, » said Ms Hart.

« In an economic climate where there are very few jobs, where student support has been massively cut, people are taking more work in the informal economy, such as sex work.

« It’s all dangerous unregulated work, simply so people can stay in education. »

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Une iconographie consommée, irréelle et démentielle

Posted in Féminisme, Théorie on 23 janvier 2011 by feministeenrage

Nous pourrions faire l’histoire du féminisme par les grandes figures féminines qui ont marqué la scène politique depuis l’avènement des démocraties libérales. Faire la preuve de la pleine capacité des femmes à remplir les exigences du rôle de politicienne et de l’importance de figures emblématiques dans la lutte vers l’émancipation renvoie à une version mensongère, appauvrissante, voire facétieuse de la conjoncture actuelle. Ce regard iconographique de l’histoire du féminisme porte en son propos trop souvent l’achèvement de la lutte des classes, de la dialectique historique. Elle prétend affirmer la preuve de l’établissement de l’émancipation dans l’expérience concrète de la pleine mobilité sociale des femmes. Cette vision nous la qualifions de bourgeoise et d’immanente de l’idéologie libérale. Nous l’accusons de porter préjudice au mouvement féministe; d’une mascarade violente et trompeuse de l’état des lieux, elle se sert du féminisme à des fins d’intérêts de classe ayant part au Capital.

Les icônes produits depuis la deuxième moitié du 20e siècle tente de jouer le substrat social, soit d’un plein de sens amassé par une expérience militante politique passée, venant remplir les vides démocratiques ambiants. Le vide démocratique nous le saisissons, ici, à partir des notions arendiennes livrées par ses fondements démocratiques, soit la culture citoyenne qui prend forme dans l’avènement et la garantie de la liberté et de l’égalité dans l’universalisme par les institutions démocratiques. Le terrorisme rampant, l’humanité qui se meurt dans les taudis, les favelas, les ghettos, le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, la violence masculine dominante nous fait réaliser l’échec des démocraties libérales dans les prétentions universalistes de son projet d’émancipation. La liberté et l’égalité sont toujours des privilèges d’une overclass qui a éjectée le prolétariat et qui a, par conséquent, grossi le prolétariat informel de survie. De sorte, le parlementarisme ne sert plus de lieu permettant la diffusion d’un discours à saveur anti-impérialiste, anticolonialiste, prolétarienne, féministe (un lieu qui a déjà servi par le passé les intérêts du prolétariat).

Le totalitarisme s’observe dans cette allégorie de la réussite politique des femmes au pouvoir. L’icône politique féminine joue ici un effet placebo sur les consciences collectives pour marquer symboliquement l’achèvement des luttes féministes. La vérité qui la condamne transcende dans les immenses misères et violences que subissent tous les jours nombre de femmes sur la planète. Le mur de la honte qui l’accompagne est cette réussite bourgeoise de l’émancipation. Rappelons que ce mensonge des démocraties libérales réussi à trouver son entendement grâce à ses outils promotionnels : les icônes politiques féminines.

Cette histoire iconographique du féminisme entre dans une logique de société consumériste où le sens porté par l’icône est consommé pour combler un besoin moral démocratique. Nous nous référons ici à une consommation des icônes à travers les médias sociaux, soit un sentiment de procuration comblée lorsqu’elles consomment des médias papiers, virtuels et cathodiques. Notre volonté de reproduire notre humanité se fait par l’action politique sur la scène publique, nous rappelle Hannah Arendt, et cette démarche se retrouve vidée de son contenu politique. D’ailleurs, ce besoin d’exister au monde par nos considérations morales trouve refuge et satisfaction dans l’acceptation d’une représentation factuelle et superficielle que comble ces icônes. Ces coquilles vides trouvent leur efficacité quand elles évoquent l’idée d’une essence humaine, soit d’un vécu politique. Ce travail d’historiographie par ces icones est aussi irréelle car elle réifie constamment une pensée schizophrénique de la réalité matérielle de l’humanité. Elle échoue à rendre compte de l’état des lieux sur lequel tente d’intervenir le mouvement féministe puisque la toute-puissance des structures reproductrices des conditions universelles inégalitaires et oppressives des rapports sociaux de genres sévit toujours en force. Elle véhicule la croyance en la libération des marchés comme moyen d’engendrer la libération des femmes. Ainsi, nous nous permettons de qualifier cette réalité de «démentielle» car elle démontre les composantes pathogènes des sociétés libérales (ses contradictions).

Ainsi, elle finit par dévier la lutte féministe vers sa mort médiatique et obscurcit un travail féministe toujours actif, concret et mobilisateur aux ambitions universalistes, en plus de contaminer les fondements du féminisme dans les imaginaires collectifs. Cette logique s’exprime au travers des discours, voire au travers des figures féminines médiatiques lorsqu’elles proclament la mort du féminisme. (Ce que nous entendons dans les discours de Denise Bombardier, sociologue et commentatrice politique, et Lise Ravary, directrice du Châtelaine, par exemple) Mais, nous scandons: Rappelons-nous! L’émancipation ne peut jaillir que par le collectif. La marche mondiale des femmes de 2010 le communique dans son slogan: Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche! Nous précisons: Ce Nous, il est féministe, il est prolétaire, il est socialiste.

Le capitalisme n’est pas le seul système d’oppression !

Posted in Féminisme, Théorie on 3 mai 2010 by Déchet social

Le mouvement anticapitaliste est composé de membres aux différentes orientations politiques, et à l’intérieur, plusieurs se prétendent, ou sont féministes. Le mouvement féministe, pour sa part, a souvent été réapproprié par des marxistes pour mettre prioritairement la lutte anticapitaliste comme moyen d’émanciper les femmes. Pourtant, l’analyse marxiste est retenue comme une grande référence de l’analyse de la lutte de classes de la société bourgeoise qui serait capable, grâce à la révolution prolétarienne, d’anéantir l’exploitation capitaliste et d’émanciper les travailleurs et les travailleuses du monde entier, et de permettre l’égalité. Pour théoriser l’oppression des femmes, nous supposons que le féminisme matérialiste constitue une rupture avec le marxisme. La démonstration se fera en trois parties. D’abord, le marxisme applique une catégorisation naturaliste des sexes en oubliant l’existence des rapports sociaux de sexe. Aussi, la force de travail des femmes est appropriée par la classe des hommes. Finalement, la consubstantialité des rapports sociaux sera la réponse à l’insuffisance de la société conflictuelle analysée par Marx. Nous ferons une critique du marxisme à partir des théories développées par les féministes matérialistes.

D’entrée de jeu, selon Engels, il reconnaît dans les sociétés primitives que la division «naturelle» du travail sexuée ne produit aucune inégalité entre les hommes et les femmes. L’apparition des surplus de la production et de l’appropriation, dès la germination du capitalisme en Angleterre, fait naître la division sociale du travail et se constituent deux classes sociales. L’existence de la femme et de l’homme, comme catégories naturalistes, précèdent l’organisation sociale. Ce naturalisme s’oppose à sa propre démarche méthodologique qui est matérialiste et on ne peut pas retrouver les causes sociales de cette hiérarchie sociale. Engels rend compte de la séparation des sphères productive et reproductive, mais il est incapable de démontrer pourquoi cette séparation a pris une forme sexuée. L’oppression des femmes, selon lui, est une forme d’oppression au service d’une autre dérivant de l’oppression de classe. Nous allons voir que les femmes sont oppressées par un système particulier qui n’est pas propre au capitaliste et pouvant exister dans toutes les sociétés.

À l’opposé d’Engels, selon Delphy, la fin de l’exploitation capitaliste ne mettrait pas fin à l’oppression des femmes, car au foyer familial, en tant qu’unité de production où le père est l’autorité, elles sont exploitées, car leur production est appropriée par leur mari et cette exploitation est patriarcale et irréductible au capitalisme. En effet, « l’oppression des femmes là où le capitalisme en tant que tel a été détruit est attribuée à des causes purement idéologiques – ce qui implique une définition non marxiste et idéaliste de l’idéologie comme un facteur pouvant subsister en l’absence d’une oppression matérielle qu’elle sert à rationaliser »1. Alors, les marxistes se servent aujourd’hui du capitalisme pour expliquer pourquoi les femmes sont opprimées et les inégalités entre les sexes découleraient de ce système d’oppression. Pour Delphy, le point de vue matérialiste se concentre donc, sur le fait de concevoir le patriarcat ici et maintenant au lieu de rechercher ses origines historiques. Sociologiquement, le patriarcat, agit comme un système d’oppression principal, responsable de la subordination des femmes à la classe d’hommes. « Dans le paradigme de l’adéquation, c’est-à-dire de la construction sociale des valeurs, le masculin et le féminin sont des créations naturelles d’une société fondée, entre autres hiérarchies, sur une hiérarchie de genre. Ceci ne signifie pas seulement qu’ils sont liés l’un à l’autre, dans le rapport de complémentarité et d’opposition que nous leur connaissons, mais aussi que cette structure détermine le contenu de chacune de ces catégories, et pas seulement leur rapport »2. Le marxisme sous-entend que les valeurs, en ce qui concerne les sexes, précèdent l’organisation sociale, mais c’est cette culture qui a hiérarchisé les valeurs et qui aurait permis de construire une division sexuée du travail et de la camoufler par la division sociale du travail qui ne prend pas compte des sexes. L’auteure suppose en ce sens que, si les hommes sont les dominants, cela signifie que si les femmes tendent à les rassembler selon la norme masculine, les femmes deviendraient dominantes. Bref, ce raisonnement démontre une contradiction dans la compréhension de la problématique fondée sur des catégories naturelles puisque s’il y a la présence de dominants et de dominantes confirme qu’il n’y a personne à dominer3. Les marxistes n’ont donc pas pensé l’oppression des femmes à l’extérieur des limites du système capitaliste. Pour mieux comprendre comment s’est fait cette hiérarchie sociale du genre, il faut porter un intérêt à l’analyse de Guillaumin sur son concept de sexage.

Dans la même logique que Delphy, Guillaumin apporte l’idée d’une appropriation du travail des femmes par les hommes, en tant que classes de sexes, et de plus, elle soutient l’idée que l’appropriation privée n’est pas relative au capitalisme, mais en lien avec le mariage comme institutionnalisation de l’oppression. L’auteure constate comment l’idée de nature est trop facilement reliée à une fonction sociale et c’est le cas des femmes soumises à la servitude envers les femmes. Encore une fois, contrairement au marxisme, l’appropriation ne s’exclut pas à une force de travail accaparée du prolétariat par les capitalistes, mais bien attribuable à une appropriation du corps des femmes. « C’est-à-dire d’une appropriation non-aléatoire, qui dérive non d’un accident pour l’individu approprié mais d’un rapport social fondateur de la société. Et donc impliquant des classes issues de ce rapport et qui n’existeraient pas sans lui [et] […] la force n’intervient pas alors autrement que comme moyen de contrôle des déjà-appropriés »4. Le sexage se comprend par deux aspects: d’une part, le rapport de pouvoir qui réduit les femmes à l’état d’objet et d’autre part, un rapport d’appropriation d’une classe par une autre et non seulement d’un rapport d’exploitation de la force de travail, mais du travail et du corps des femmes. De plus, chez les néoengelsiens, comme le mentionne Guillaumin, il existerait une nature pour chacun des sexes. Cela « implique donc que la nature des uns et la nature des autres est subtilement différente et non comparable; en un mot que leur nature n’est pas de même nature : la nature des uns serait tout à fait naturelle alors que la nature des autres serait  »sociale » »5. C’est de concevoir que le développement technique lié aux hommes et leur domination seraient en quelque sorte des créations naturelles. Tandis que la nature propre à la femme est de produire des bébés et d’en faire l’élevage, l’entretien de la maison et de torcher le mari. Elles sont capables d’accoucher, c’est leur finalité et qu’il en soit ainsi, c’est la Nature qui l’a dit ! Si une classe de sexe s’approprie en premier lieu le savoir scientifique, comment peut-on croire que cette division sexuée du travail s’est fait naturellement – division encore occultée par les marxistes ? Il est clair que l’idéologie naturaliste des marxistes sur ce point est complètement à l’opposé de ce que pensent les féministes matérialistes. Maintenant que nous avons étudié les fondements d’une hiérarchie sexuée et construite, nous allons nous pencher sur l’appropriation du travail domestique des femmes par les hommes.

Le marxisme soutient que la libération du prolétariat doit se faire par la révolution (du renversement de la classe bourgeoise par le prolétariat pour y ériger une société sans classes sociales) et cela suppose la fin du travail salarié et du modèle de la famille bourgeoise, mais si ce sont les femmes qui subissent la plus grande discrimination dans toutes les sphères de la société bourgeoise, nous soutenons que cela s’applique à toutes les sociétés sociales. Delphy s’est particulièrement intéressée aux inégalités dans la sphère privée et de la gratuité du travail domestique. Elle reprend l’analyse marxiste pour exprimer sous quelle forme se matérialise l’exploitation patriarcale en partant de l’analyse de l’exploitation capitaliste. On suppose c’est la nature des biens ou des tâches relatives au travail domestique qui expliqueraient que ce travail n’est pas rémunéré puisqu’il n’est pas productif. Cette gratuité s’explique plutôt en raison du cadre des relations dans lequel ce travail domestique est effectué et dans la famille comme unité de production patriarcale. Les tâches effectuées au foyer, lorsqu’elles sont produites sur le marché sont pourtant rémunérées puisqu’à la maison, c’est le mari qui détient le travail de sa femme. « Aujourd’hui beaucoup des opérations tendant à transformer les matériaux bruts en produits consommables ont été industrialisées : les opérations qui faisaient autrefois partie des activités ménagères sont maintenant effectuées en dehors de la maison […] [et] le travail qui y est incorporé est considéré comme productif et les individus qui effectuent ce travail comme des producteurs , ce qui n’était pas le cas tant que ces fabrications étaient créées par le travail gratuit des femmes »6. Le marxisme rend compte que tout ce qui est à l’extérieur du salariat n’est pas de l’exploitation, mais le travail domestique des femmes en est également. La définition marxiste est tronquée, car elle ne considère pas les différents capitaux (économique, culturel, social et profilactique) que les hommes acquièrent se fait au détriment des femmes et du temps qu’elles consacrent au travail domestique.

Ces activités domestiques sont de plus en plus soumises à la rationalisation des « devoirs de la bonne épouse » pour rendre cette activité de travail en activité d’amour. Guillaumin identifie à travers le concept de sexage, une double appropriation des femmes. Dans un premier temps, « la classe des hommes dans son ensemble approprie la classe des femmes, […] chacune des femmes est l’objet d’une appropriation privée par un individu de la classe des hommes. La forme de cette appropriation privée est le mariage, lequel introduit un certain type de contractualité dans les rapports de sexes »7. En plus d’être appropriées au foyer, les femmes doivent vendre leur force de travail sur le marché. Dans un deuxième temps, « la classe des femmes est à la fois matériellement appropriée dans son individualité concrète […], donc non libre de disposer de sa force de travail, et en même temps elle est vendeuse de cette force de travail sur le marché salarial »8. Ces contradictions comportent des problèmes pour voir une continuité entre la théorie marxiste, exclusivement présente dans la sphère publique, et le féminisme matérialiste qui comprend l’oppression des femmes dans les deux sphères et la contradiction fondamentale pour les femmes d’être doublement appropriées par les hommes et les capitalistes. Jusqu’à maintenant, nous avons étudié le cas des femmes blanches et c’est pourquoi l’apport de Kergoat est essentiel pour faire transcender les différents système d’oppression, tout en évitant de les hiérarchiser comme l’a fait Delphy en mettant le patriarcat au premier plan, et d’élucider les rapports sociaux de sexe, de classe et de race.

Enfin, pour complexifier la compréhension de l’oppression des femmes, il est de mise de présenter ce que Kergoat appelle la consubstantialité des rapports sociaux. L’auteure reprend le concept marxien de rapport social pour l’intégrer une analyse féministe matérialiste. Le rapport social « c’est la dynamique qu’elle réintroduit puisque cela revient à mettre la contradiction, l’antagonisme entre groupes sociaux au centre l’analyse, et qu’il s’agit bien d’une contradiction vivante, perpétuellement en voie de modification, de re-création »9. Cette consubstantialité désigne un état de fait: un ensemble, dans lequel les rapports de pouvoir organisent, de manière dynamique, le monde social. Ces rapports de pouvoir sont des relations de rapports de sexes qui réagissent avec les rapports de classes, et réciproquement. Kergoat prend l’exemple de la classe ouvrière (et les ouvrières comme objet d’étude). On doit complexifier le concept de classe, car à l’intérieur même de la classe ouvrière, il y a des consciences sexuées, racisées, d’appartenance de classe et il existe des clivages de sexes et de races qui permet de construire une dynamique autour de ces différents groupes dans l’énonciation des revendications. La classe ouvrière est traversée par des contradictions internes et pour construire une conscience collective, il faut dépasser les rapports de sexes; pour construire une conscience de sexe, il faut dépasser les rapports de classes. Le black feminism a répondu à l’impensé du féminisme qui était trop à l’image des femmes blanches, bourgeoises et occidentales. Ce courant de pensée met de l’avant le racisme qui touche à la fois les femmes noires, mais aussi les hommes noirs, qui sont dominants selon leur classe de sexe, mais dominés par rapport à leur «race». Bref, contrairement au marxisme, il faut mener simultanément la lutte sur plusieurs fronts (sexe, classe, «race» et sexualité) et adopter une analyse intégrant ces différents systèmes d’oppression et des différentes contradictions et aller au-delà de la reconnaissance de cette multiplicité.

Pour conclure, le marxisme reconnaissait la division sexuée comme étant naturelle et que l’organisation sociale a suivi pour aboutir à une division sociale du travail, entre prolétaires et capitalistes, et que la cause est le surplus de production et l’appropriation des terres et la propriété privée. Au contraire, l’organisation sociale préalablement genrée a hiérarchisé les sexes et ce sont les hommes qui ont établit quelle était la nature propre à l’homme et à la femme pour pouvoir dominer les femmes. Il n’y a aucune relation entre le fait de produire des ovules et la charge sociale de reproduire et d’assumer les tâches domestiques. Nous avons aussi conclu qu’il existe différents systèmes d’oppression et que le capitalisme n’est qu’un parmi d’autres et qu’il ne s’agissait pas de l’oppression principale et même qu’il faut lutter contre toutes les formes d’oppression à la fois. Le féminisme matérialiste consiste une rupture avec le marxisme même si des concepts marxiens ont été repris, car l’analyse féministe consiste à établir des bases matérielles, et non pas strictement idéelles, à l’oppression des femmes. De même que sur le terrain, il est absurde de croire que la lutte anticapitaliste exclusive puisse servir les femmes, car elles appartiennent à différentes classes sociales et de «races», ainsi que le combat vise strictement à satisfaire les hommes blancs marxistes de la classe ouvrière.

La lutte ne doit pas être récupérée par les groupes dominants. Ils doivent plutôt jouer le rôle d’auxiliaire à la lutte. Ici, nous parlons des hommes dans la lutte féministe, des blancs et des blanches dans la lutte contre le racisme et ce serait le même cas pour les bourgeois-es dans la lutte anticapitaliste. Nous comprenons alors pourquoi les dominant-es ne doivent pas prendre le contrôle d’une lutte spécifique et de permettre aux dominé-e-s de s’émanciper par eux et elles-mêmes. Ce que nous souhaitons, c’est une lutte unifiée contre tous les systèmes d’oppression à la fois afin de tenir compte des différentes oppressions agissant contre différents regroupements du peuple. Bien qu’il faut enclencher une révolution contre l’État bourgeois et le système capitaliste, il est important d’éradiquer l’État patriarcal et enfin le racisme. L’ignorance ou bien l’incompréhension des dominant-e-s, et même des dominé-e-s, tend à ignorer qu’il existe certaines formes d’oppression et que nous vivons dans des sociétés égalitaires, mais c’est absolument faux. Nos conditions matérielles ne sont pas les mêmes et les inégalités n’ont rien de naturelles, les rôles sociaux sont construits et maintenus pour reproduire les systèmes d’exploitation. En ce sens, il faut se bouger le cul et vaincre l’oppression !

1Christine DELPHY, « L’ennemi principal », in L’ennemi principal. L’économie politique du patriarcat, Paris, Éditions Syllepse, 1998, pp. 31-55, 293 pages, p. 32.

2Idem, « Penser le genre : problèmes et résistances », in L’ennemi principal. 2. Penser le genre. Paris, Éditions Syllepse, 2001, pp. 243-260, 389 pages, p. 256.

3Ibid., p. 258.

4Colette GUILLAUMIN, « Pratiques et pouvoir et idée de Nature. (II) Le discours de la Nature. », in Questions féministes, N° 3. Paris, Éditions Tierce, 1978, pp. 5-28, 126 pages, p. 11-12.

5Ibid., p. 22.

6C. DELPHY, Op Cit., « L’ennemi principal », in L’ennemi principal. L’économie politique du patriarcat, p. 41.

7C. GUILLAUMIN, « Pratiques et pouvoir et idée de Nature. (I) L’appropriation des femmes. », in Questions féministes, N° 3. Paris, Éditions Tierce, 1978, pp. 5-30, 116 pages, p. 29.

8Ibid., p.29.

9Danièle KERGOAT, « Plaidoyer pour une sociologie des rapports sociaux », in Collectif, Le sexe du travail. Structures familiales et système reproductif, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1984, pp. 207-220, 320 pages, p. 210.