Le communisme, une pratique

Plusieurs « critiques » du communisme déclarent que « le communisme est une belle idée qui ne fonctionne pas ». À cette remarque qui résume largement l’opinion de beaucoup de gens idéologiquement opposés au communisme (en particulier depuis l’effondrement du bloc soviétique) nous devons répondre quelque chose afin de se rappeler ce qu’est véritablement le communisme.

Cette opinion, sans que cela puisse paraître spontanément, se fonde sur une conception bien précise de l’histoire, l’idéalisme historique, qui stipule grosso modo que ce sont les idées qui provoquent le changement au cours de l’histoire. Parallèlement, cette opinion stipule insidieusement que le communisme est une utopie, une conception idéale et parfaite de la société qui se réalise lorsque la réalité copie l’idéal.

Cette compréhension du communisme est sans équivoque bourgeoise, c’est-à-dire conforme aux interprétations des intellectuels (des Lumières) qui ont fait parti de l’ascension des capitalistes au statut de classe dominante. Cela dénature donc ce qui a historiquement constitué le communisme, c’est-à-dire les aspirations de la classe des travailleuses et des travailleurs, le prolétariat.

Synthèse de l’étude du mouvement de l’histoire suivant la méthode de Karl Marx, le socialisme rationaliste critique, le communisme est une pratique, une série d’éléments à construire, à faire, à réaliser, en agissant sur ce qui se passe concrètement, réellement. Pour paraphraser Marx, le communisme est la libération de la société des forces contraignantes de la propriété privée qui empêchent la réalisation de son plein potentiel. Le communisme, c’est assurer matériellement, concrètement, les conditions du libre développement de tous et chacun, donc une liberté et une égalité de fait, contrairement à la forme légale bourgeoise qui attribue abstraitement seulement une égalité et une liberté de droit formel.

L’histoire nous apprend cela puisque ce qui caractérise aujourd’hui fondamentalement notre vie sociale est le capitalisme. D’un côté, il y a le capital sous toutes ses formes: la monnaie, le travail salarié, la machinerie, les marchandises, etc. Le capital, propriétaire de ce qui nous permet de vivre, utilise une stratégie vieille comme le monde pour nous rendre dépendant de lui, « diviser pour régner ». En se présentant comme « le monde normal » et une force extérieure à nous, il nous prend individuellement en nous disant « travaille pour moi, rend moi riche, et je te donnerai de quoi vivre. » Le capital repose donc sur la compétition entre les travailleuses et les travailleurs pour assurer ses profits. Il nous fait croire que le monde est « chacun pour soi et contre tous », que c’est lui qui fait la richesse, qu’il nous la donne car « nous avons bien travaillé », alors que c’est nous qui la construisons tous les jours. Le capital nous fait croire que sans lui nous serions mort, alors qu’en réalité, c’est le capital a besoin de nous.

Ce nous, c’est le prolétariat: l’immense masse de gens qui doivent vendre leur travail pour vivre sous peine de mourir. Tous les jours, nous nous rendons bien compte que nous travaillons avec d’autres gens, que nous utilisons des machines et des apprentissages communs pour réaliser notre travail. Nous travaillons ensemble, nous vivons ensemble (colocation, baraques de soldats, d’ouvriers agricoles ou industriels) et nous améliorons notre sort ensemble (manifestions, associations communautaires, syndicats, le Parti communiste). Cette interdépendance socio-économique, c’est la base de notre solidarité.

On a manifesté, on a demandé plus de salaire, on a demandé des meilleures conditions de travail. À chaque fois, on s’est fait tapé, frappé, humilié, tué. On a répliqué avec autant de force et on a obtenu un peu plus. Le capitalisme carbure ainsi: il nous divise, on réplique, on obtient un peu plus, il grandit car nous consommons plus et, ainsi, il renforce notre croyance que nous avons besoin de lui. Le capitalisme, c’est donc deux tendances contradictoires qui se côtoient et qui se renforcent mutuellement: l’une qui cherche à diviser et qui appauvrit, l’autre qui cherche à améliorer son sort en s’unissant. Le capitalisme, c’est la lutte des classes. Par contre, à force de lutter, à force de faire face à des crises économiques, au chômage, à la faim, à la vente d’enfants, à l’esclavage sexuel, aux guerres impérialistes, à la destruction de la vie sur la planète, nous nous rendons compte que le capitalisme n’est qu’un système de mort en expansion.

Nous finissons par comprendre que les patrons, les propriétaires, ne sont ce qu’ils sont que parce que nous les laissons l’être, que nous plions devant les forces de mise à mort du capital. Bien sûr, les capitalistes ont des lois, la police et l’armée; ils nous menacent d’utiliser leurs armes si on n’obéit pas aux lois qui sont « le gros bon sens », mais ce « gros bon sens » semble toujours les avantager. Contre sa stratégie de diviser pour régner, nous nous rappelons que notre union est notre propre arme, notre force contre toutes les puissances du capital.

Dans le fond, nous finissons par comprendre que nous ne serons jamais libres et heureux tant que nous ne nous serons pas débarrassés de ce qui crée nos conditions de vie: notre dépendance « aux forces économiques » qui, comme nous l’avons mentionné précédemment, se présentent comme des forces « magiques » qui viennent toujours nous chercher individuellement: « je vend mon travail, j’achète des choses et le marché règle tout ».

Vouloir changer la façon dont nous vivons, c’est vouloir nécessairement faire la révolution. Toute révolution qui anéantira les rapports de production actuels ne peut se réaliser que si l’on construit des nouveaux rapports de production maintenant, activité que nous nommons « pratique révolutionnaire ». En ce sens, il faut savoir immédiatement comment nous voulons forger notre futur. Nous avons bien vu que la seule stratégie que nous avons, c’est notre union, c’est de renforcer ce qui nous rend interdépendant, ce qui nous rend solidaire. Cette union, cette seule possibilité d’anéantir le capital, doit construire du nouveau sur la base de cette solidarité. Notre nouveau monde, c’est l’édification d’une propriété commune des moyens de production, un contrôle de ces moyens par les producteurs immédiats et une démocratie des milieux de travail alliée à une démocratie des communes pour structurer la production selon les besoins. Le communisme est donc la réalité d’aujourd’hui qui se construit et qui grandi parce que nous sommes infiniment plus que des bêtes de travail.

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