Réflexion du moment

« Quiconque se prononce en faveur de la voie des réformes légales, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus tranquille, plus sûre et plus lente, conduisant au même but, mais un but différent, à savoir, au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, des modifications purement superficielles de l’ancienne société (…), non pas la suppression du salariat, mais le dosage en plus ou en moins de l’exploitation. »

– Rosa Luxemburg, Réforme sociale ou révolution ?

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12 Réponses to “Réflexion du moment”

  1. Bakouchaïev Says:

    Le seul problème c’est que la révolution telle que conçue par les communistes nous mène à la catastrophe. Ce serait 1917, all over again.

    D’accord pour la révolution au dépend des réformes, mais pas pour n’importe quelle révolution. En fait, une révolution qui ne se débarasserait pas de l’État est aussi ridicule qu’une révolution qui ne se débarasserait pas du capitalisme.

    Comme l’a dit Marx, l’Histoire et les grands évènement se répètent sans cesse après s’être produit.

    La première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce.

    «Hegel remarks somewhere[*] that all great world-historic facts and personages appear, so to speak, twice. He forgot to add: the first time as tragedy, the second time as farce» Marx

    • Tu dois parler des communistes qui n’ont pas lu Marx et Engels. Des partisans de la ligne dure du bolchévisme à la Staline (pour ne pas dire marxiste-léniniste). Les analyses sont claires chez Marx et Lénine : l’État est voué à disparaître avec la mise en place d’une nouvelle propriété, celle-ci commune.

      À la différence des anarchistes qui cherchent à radicalement, sans transition quelconque, détruire les institutions et ce qui les mets en place le jour même de la Révolution, les communistes non-staliniens et non-trotskystes parlent d’une transition nécessaire avec l’État qui, peu à peu, s’éteint comme une flamme sans oxygène.

      Lénine l’a bien compris au lendemain de la Révolution : les institutions se sont écroulées en emportant avec elles les classes sociales et les rapports sociaux de propriété. C’était tout à fait fantasque de le faire dans de telles conditions matérielles russes. Il a voulu arranger ça pour mettre une transition (les forces productives russes n’étaient tout simplement pas prêtes pour un tel passage radical). Malheureusement, après sa mort, Staline a tout foutu en l’air.

      Bref, ton « révolution telle que conçue par les communistes » ne me concerne pas. Je sais très bien de qui tu parles, et je t’invite à leur cracher au visage.

    • « En fait, une révolution qui ne se débarasserait pas de l’État est aussi ridicule qu’une révolution qui ne se débarasserait pas du capitalisme. »

      Sauf peut-être pour un droit considérablement réduit de propriété (et encore là, je ne crois pas que les « anarcho »-capitalistes aient raison quand il soutiennent que la propriété privée est possible dans une anarchie), il est impensable de se débarrasser de l’État sans se débarrasser du capitalisme et vice-versa!

  2. Bakouchaïev Says:

    Je ne crois pas à cette transition, cette prériode «temporaire», qui devrait mener comme par magie à la disparation de l’État. Les gens qui prendraient le pouvoir ne le cèderaient pas. C’est le propre des gens au pouvoir. Ils veulent le conserver et le consolider. Ça peut très bien se vérifier dans l’Histoire et autour de toi. Même dans des endroits ridicules comme les assos étudiantes, il y a des luttes pour le pouvoir, l’un voulant bloquer l’autre et faire valoir sa vision au dépend de l’autre.

    Ce qui caractérise les anarchistes, c’est ce rejet des rapports de pouvoir, peu importe sa forme. Selon moi, la transition dont tu parles ne mènerait jamais au communisme ou à l’autogestion. Les bureaucrates s’installeraient à nouveau et le cirque pourrait reprende vie encore une fois. Mais un cirque tragique. Ce qui devrait être temporaire deviendrait permanent.

    Ce que je te concède, c’est que l’anarchie semble au-dessus des capacités des êtres humains, au-dessus des capacités des anarchistes eux/elles mêmes.

    Chomsky par exemple à une vision idéaliste de l’être humain. Pour lui, les êtres humains seraient des saints. Alors que je vois plutôt des êtres égoistes, bornés et à toute fin pratique, des parasites sociales.

    Ma vision est plus déprimante et serait donc rejetée par la masse qui selon moi aime se complaire dans le déni, mais quand on réfléchi, ma vision colle plus à la réalité.

    Oui l’être humain pourrrait choisir autre chose que la médiocrité, mais le fait est qu’il ne le fait pas, 99 fois sur 100.

    • D’une façon moins catastrophiste, je suis d’accord avec toi. Je ne crois pas en une telle période transitoire, encore si elle est volontairement désirée par les révolutionnaires.

      La seule transition qui devrait exister est celle imposée par les étatistes. (par exemple, celle de la séparation du Québec, imposée par les étatistes). Il n’y a pas de transition volontaire qui soit légitime. En tant qu’anarchistes, nous voulons le moins de transitions imposées possibles.

      Tout de même, nous savons fort bien que les transitions imposées sont inévitables. Il faut faire avec (voire même s’en servir), pas en créer encore plus!

    • D’une façon moins catastrophiste, je suis d’accord avec toi. Je ne crois pas en une telle période transitoire, encore moins si elle est volontairement désirée par les révolutionnaires.

      La seule transition qui devrait exister est celle imposée par les étatistes. (par exemple, celle de la séparation du Québec, imposée par les étatistes). Il n’y a pas de transition volontaire qui soit légitime. En tant qu’anarchistes, nous voulons le moins de transitions imposées possibles.

      Tout de même, nous savons fort bien que les transitions imposées sont inévitables. Il faut faire avec (voire même s’en servir), pas en créer encore plus!

    • On voit ici de nombreuses misconceptions et idées-reçues complètement fausses.

      D’abord, l’État n’est pas quelque chose de matériel : ça ne se prend pas. Tout comme le pouvoir de l’État. C’est quelque chose qui s’exerce dans les rapports sociaux, dans l’action sociale. Mais le problème ne réside pas dans le pouvoir, mais le rapport de domination entre les sujets : les uns dominent, les autres s’assujettissent. Ce rapport a été institutionnalisé avec la révolution néolithique et, par conséquent, l’établissement du patriarcat comme mode d’organisation sociale normalisée. Chaque période historique dans l’histoire de l’humanité est passée par une transition. Cette transition fut toujours violente et radicale. Ça n’a absolument rien de nouveau, et encore moins de facile.

      Néanmoins, t’expliquer pourquoi me prendrait au minimum 3 pages. Par contre, je peux dire ceci : les êtres humains ne « sont » pas, bien au contraire. Ils « deviennent » : ce sont des sujets vides de substance, vide de subjectivité, vide de sens. C’est par la pratique sociale, l’interaction sociale, l’action sociale qu’un langage commun s’établie entre eux et développent, ainsi, des structures qui, à leur tour, façonne, modélise, conditionnent les actions sociales. C’est une dialectique sans fin. En d’autres termes, personne n’est « égoïste » : on le devient selon les conditions dans lesquelles on vit et on l’intériorise selon les pratiques sociales. C’est pourquoi, comme mon collectif le dit depuis déjà un bon bout de temps, nous sommes dans la merde et on le sait, mais rien n’est perdu parce que nous ne sommes pas des machines qui nécessitent une intervention extérieure pour se transformer (dans notre cas, un Messie, un Dieu, une Recette Magique). On peut se débrouiller nous-mêmes !

      La transition dont je parle, c’est le socialisme. Ça n’a rien à voir avec ce dont tu parles – que je critiques et rejette moi-même, c’est-à-dire le stalinisme – et ça n’aura jamais de lien bientôt ou plus tard. Je ne vais pas faire un retour complet sur la montée de la bureaucratisation au sein de l’URSS postléninien, mais disons ceci. À l’époque, le mouvement communiste était embryonnaire et lorsque la division entre révisionnistes (aujourd’hui sociaux-démocrates) et les révolutionnaires a eu lieu durant la Deuxième Internationale, l’influence du Parti Socialiste Allemand a disparu. Il fallait un nouveau « modèle » de parti communiste, et les bolchéviques de Lénine ont montré la « nouvelle » voie durant la première guerre. Les autres révolutionnaires ont suivi cette voie et les propos de Lénine. Ce dernier faisait très attention à ce qu’il disait et écrivait : il était devenu, en quelque chose, la Recette Magique (erreur fondamentale !) mais cela s’explique avec la grande destruction et les horreurs de cette première guerre, ainsi que les pertes monstres en Russie et les contre-révolutions meurtrières du moment. Tant d’empires ont attaqué l’URSS naissant suite à la Révolution d’Octobre.

      Une fois Lénine mort, Staline a pris sa place et est devenue la nouvelle Recette Magique : les autres l’ont suivi, comme voie révolutionnaire authentique et véritable. Les plus intellectuels ont vu le piège, mais beaucoup d’entre eux ont soit été liquidés, soit exilés ou emprisonnés. Eh oui, des marxistes révolutionnaires pour le communisme mais contre Staline dès le début ! Les masses ont suivi, par aveuglément, Staline (la dissidence était à l’extérieure de l’URSS et du parti, et n’avait donc aucun poids véritable !) et on a vu les dégâts après.

      Bref, tout cela pour dire que : cesse d’être idéaliste parce que t’iras pas loin comme ça.

  3. Non, non, non, vous êtes tous dans le champ! Jack Layton va tout régler ça! Souriez!

  4. « En fait, une révolution qui ne se débarasserait pas de l’État est aussi ridicule qu’une révolution qui ne se débarasserait pas du capitalisme. »

    Sauf peut-être pour un droit considérablement réduit de propriété (et encore là, je ne crois pas que les « anarcho »-capitalistes aient raison quand il soutiennent que la propriété privée est possible dans une anarchie), il est impensable de se débarrasser de l’État sans se débarrasser du capitalisme et vice-versa!

  5. MizEntropie Says:

    @L’Agitateur
    Hum, les marxistes qui se vantent d’avoir une vision scientifique on dirait que certains détails vous s’échappe.
    Vous dites : »personne n’est « égoïste » : on le devient selon les conditions dans lesquelles on vit et on l’intériorise selon les pratiques sociales ».
    Je suis d’accord avec vous, le conditionnement social à une très grande influence sur les individus mais ce qui semble vous échapper se sont les déterminismes biologiques. Notre bagage génétique ainsi que le fonctionnement du cerveau (fonctionnement qui a grandement été modelé par l’évolution) influe grandement notre comportement comme l’on montré les sciences neuro-comportementale même si cela nous échappe.

    Aucun individu n’est une page blanche, nous portonts tous à la naissance des déterminismes qui nous suivront toute notre vie. Les chimpanzés qui sont nos plus proches parent génétiquement (98% de similitudes) vivent de rapports sociaux fait de grandement domination inter-groupe et intra-groupe ainsi que d’égoïsme. Des études antropologiques ont même démontrés qu’il y a une certaine forme de rapports économiques et même de la prostitution. Il y a aussi les rats qui nous sont nous sont rapproché qui sont conditionné génétiquement à vivre dans des rapports sociaux de domination et d’exploitation.

    Bref les humains « sont » et « deviennent » comme vous l’avez dité

    • Tout ce qui est social n’est pas biologique. La capacité sociale est, à la limite, biologique; mais l’exercice et la pratique sociale n’ont rien de biologiques.

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