Ignorance de l’Histoire

Ce billet devait être publié en septembre dernier (il y a bientôt un an !) mais l’auteur anciennement dans le collectif l’a laissé aux oubliettes. Mais étant donné sa qualité qu’on ne peut négliger, le billet sera quand même publié. Seul le titre a été modifié après sa rédaction (il n’y en avait pas).

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Cet été, j’ai lu (à voute vitesse) un livre du célèbre historien Arnold Toynbee, et malgré la grande qualité de ses travaux, j’ai été troublé face à son interprétation générale des phénomènes historiques, en particulier des guerres. Une conception qui m’avait déjà fait sursauter dans plusieurs conversations avec des étudiants en histoire. Si nous étions inscrits dans un mouvement de catégorisation hâtive, nous pourrions qualifier la chose de conception bourgeoise de l’histoire.

Chers amis, par hasard, avez-vous déjà eu l’impression que les évènements les plus tragiques de l’histoire étaient une espèce d’aberration, une dérive, une erreur de la part des « dirigeants » de l’époque, ou encore que les guerres et la violence historique étaient liées à une certaine ignorance de l’histoire, ou encore, la simple manifestation de la pulsion de mort, ou même du mal incarné ?

Pour le révolutionnaire cohérent et critique, de telles explications méritent leurs places dans l’asile des idées, aux cotés de la vision ptoléméenne du cosmos. Vous serez donc peut-être surpris d’apprendre que malgré tous les efforts qu’ont fait les marxistes pour propager la connaissance acquise par la pratique du matérialisme historique, de telles conceptions sont présentes dans les facultés d’histoire. Non, les historiens ne sont pas fous : ce sont juste des petits-bourgeois qui sont idéologiquement le produit de leur milieu social, qui se permettent le luxe de rêver de paix et de justice devant une histoire humaine aussi sombre et violente.

Quant on y réfléchit bien, n’est-ce pas là un comportement rationnel ? Je veux dire, de choisir une solution simple, pleine d’espoir naïf, au lieu de prendre le taureau capitaliste par les cornes, et de le transpercer du glaive de la raison !

Pour tout vous dire, l’historien typique n’entre pas dans les débats idéologiques. C’est bien connu, il est l’incarnation de la neutralité! Il n’ira donc jamais débattre pour savoir si l’URSS était une forme spécifique de capitalisme d’État ou non, ou si la République populaire de Chine a quelque chose de plus populaire que son nom ? Non, l’historien, comme un comptable consciencieux, cumule les faits et leur accole une étiquette : révolution cubaine, régime de Vichy, Guerre de Corée…

Historiens, apprenez donc que la connaissance des faits ne change rien en soi. La preuve, les masses connaissent bel et bien la domination qui s’exerce sur elles par le biais des médias, du travail forcé, du système d’éducation, du politique opaque, etc., mais elles ne font rien. Pourtant, elles ont la céleste connaissance ! Hum… se pourrait-il que les connaissances ne valent rien en l’absence de la prise de conscience collective d’un conflit existant ? Se pourrait-il qu’il n’y ait pas nécessairement une forte adéquation entre représentations, connaissances intellectuelles et pratiques sociales dans une société postindustrielle capitaliste ? Je vous laisse répondre….

Changer sa « perception des choses », comme disait Lennon, ouvrir son esprit, apprendre quelques chose de nouveau : tout cela est bien beau puisque ça engage la conscience et le développement de nouvelles subjectivités, mais entre nous, ce n’est que de l’idéalisme dégoulinant et mal ficelé, et ce n’est en aucun cas les prises de conscience elles-mêmes qui vont libérer le monde de son existence sèche, du fétichisme de la marchandise et de la spectacularisation du réel.

Le vieux monde ne se laissera pas changer par une poignée d’historiens, aussi bien-pensants et bien habillés soient-ils…

Une Réponse to “Ignorance de l’Histoire”

  1. Il faut dire qu’il y a plusieurs historiens et historiennes ouvertement engagé-e-s dans une lutte quelconque et qui ne sont pas con-ne-s du tout. Généralement, chez eux, il y a plus de nuance et de doute que de neutralité. Heureusement d’ailleurs que beaucoup d’entre eux agissent, parce que sinon, les gens seraient sans doute portés à croire Patrick Bourgeois qui voit des génocides partout.

    Je me pose une question: comment être un intello sans être un petit-bourgeois? Selon plusieurs, on dirait que faire quelque chose de mental (ne serait-ce que de jouer du violon dans le métro) est automatiquement petit-bourgeois. L’auteur du texte ne me semble pas réellement penser cela, étant donné qu’il se prononce en faveur de l’exercice de la raison, mais bon, cette réflexion me titille depuis un bout de temps.

    « Bien-pensants bien habillés »? Je me rappelle avoir employé exactement la même expression pour décrire quelques étudiant-e-s en histoire de l’UdeM, au moment où je faisais mon bacc là-bas. (On m’a répondu en disant que je puais le « petit-bourgeois scabreux en révolte contre toute forme d’autorité ».) Je suis pas mal certain que l’auteur vient aussi de cet endroit, tant la constatation va de soi.

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