Votre révolution n’est pas la mienne

La vanité ou la vulgarité sidérante de la plupart des conversations en témoignent également, mal camouflées par l’inévitable musique de fond qu’on injecte partout où les humains n’ont pas été libérés de la nécessité d’être ensemble, au café, au restaurant, dans les transports et dans les centres commerciaux qui tendent à recouvrir le territoire tout entier. Ainsi que la perte presque partout des formes de politesse et de courtoisie pourtant créées par l’homme pour agrémenter et faciliter les rapports humains, l’inculture, l’analphabétisme, la brutalité des manières, les regards provocateurs, sans intelligence, haineux ou seulement vides de toute expression qu’on croise tous les jours, et même chez les enfants, le pauvre sourire commercial qui vient suppléer partout, même quand il n’y a rien à vendre, au malaise résultant de la dégradation de toute intelligence sensible dans les rapports quotidiens.

A tel point qu’on peut se demander si le capitalisme n’a pas colonisé l’humanité jusqu’à la rendre inapte à tout autre destin que celui qu’il lui réserve, ruinant par avance toutes les chances d’une société nouvelle en produisant massivement des êtres si bien dépossédés qu’ils n’ont plus à défendre que leur propre aliénation, vécue comme leur ultime propriété (la seule qui donne un sens à leur vie), qui prendront pour une menace l’éventualité d’exercer leur libre arbitre et se rangeront toujours sous la bannière d’un des partis qui leur garantira de pouvoir retourner à leur résignation, à cette paix du non-engagement et de l’irresponsabilité, à cette obsession de la sécurité qui rend la servitude si agréable. Car ce qui fait le succès du capitalisme, c’est qu’il continue à faire rêver les hommes, et qu’il sait si bien leur éviter la douleur de penser.

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21 Réponses to “Votre révolution n’est pas la mienne”

  1. C’est joyeux tout ça….

  2. Il faudra un jour cesser de vivre dans l’illusion gratifiante et traiter des véritables problèmes entre nous. On traverse une ère réactionnaire sans précédent et ce n’est pas avec une rhétorique digne du 19e siècle qu’on va s’affranchir.

    La situation est grave, plus grave qu’on ne le pense, mais on peut réussir. Faut juste arrêter de faire les hypocrites et sortir de notre esti d’aliénation crasse qui joue non seulement contre nous, mais est au service de la bourgeoisie. Bien des radicaux-ales font exactement ce que la bourgeoisie veut d’eux et elles : perdurer à l’infini l’assurance capitaliste. Ainsi, jamais le capitalisme ne sera menacé et, en l’occurence, il vivra pendant longtemps, très longtemps …

  3. Le problème (entre autre chose), c’est que les radicaux et radicales ne croient pas à l’avènement d’une révolution à court ou moyen terme et en conclu qu’on doive ainsi se battre pour des réformes.

    Mais à long terme, nous sommes tous et toutes mortEs, car personne ne prépare le terrain pour les générations futures. Tout le monde semble croire qu’un contexte révolutionnaire, ça pousse dans les arbres. Si on ne fait rien pour progresser ici et maintenant, on se retrouvera avec les mêmes problèmes et le même constat dans 50 ans. C’est à dire que le fruit n’est pas mûr, que la population n’est pas de nôtre côté et toutes ces conneries.

    Mais la question à savoir comment progresser ici et maintenant, se pose. Il ne suffit pas de constater que l’on tourne en rond (quoi que c’est déjà un début), mais d’arrêter de tourner en rond afin d’aller de l’avant. Autrement dit, laisser tomber la constestation purement symbolique et inoffensive et s’engager dans une voie véritablement révolutionnaire.

    Mais un autre problème c’est que bien des gens ne peuvent se mettre dans la tête que ce n’est pas parce qu’on veut commencer à créer un contexte révolutionnaire dès aujourd’hui qu’on s’attend à une révolution pour demain matin. C’est noir ou blanc.

    Je blâme Star Wars (et ce que j’ai appellé la morale calinours).

  4.  » On traverse une ère réactionnaire sans précédent et ce n’est pas avec une rhétorique digne du 19e siècle qu’on va s’affranchir. »

    Le terme « sans précédent » est exagéré, mais je suis d’accord pour la rhétorique.

  5. « Le problème (entre autre chose), c’est que les radicaux et radicales ne croient pas à l’avènement d’une révolution à court ou moyen terme et en conclu qu’on doive ainsi se battre pour des réformes.  »

    Parce que les gens ne sont pas assez éduqués pour comprendre notre argumentaire. Essayez d’expliquer pourquoi il ne faut pas soutenir les troupes par exemple, bonne chance!

    Oui à une révolution vigoureuse, mais c’est impensable avant qu’une éducation critique fasse en sorte qu’on obtienne un appui populaire significatif. En attendant, il faudra jouer la vie à la Anne Archet.

    • Justement, une partie du discours d’Anne Archet me semble hautement problématique et lui emboîter le pas à ce niveau ne ferait que retarder l’avènement possible d’une révolution.

      Oui il faut penser à soi aussi dans tout ça, sinon on perd la tête. C’est juste qu’il faut trouver un équilibre si on est sérieux dans notre démarche et si le monde tel qu’il existe en ce moment nous fait chier.

      On en revient selon moi à notre pensée binaire (le bien et le mal, le collectif et l’individuel, etc) qui nous empêche de progresser réellement.

    • Me la jouer postmoderne et individualiste ? Jamais ! C’est ce que la bourgeoisie veut, et tu fais exactement comme elle le désire !

      Tout ça, avec ta jouissance.

  6. Ce livre me semble foutrement intéressant. Merci!🙂

  7. Oui, je connais un peu. Ils semblent être un peu confus sur ce que Stirner est vraiment.

  8. Je relis un peu ce truc, et je viens de me rappeler pourquoi j’avais interrompu ma lecture. Les arguments ad-hominen anti-allemands me font chier.

  9. « Thus we see what holy motives guide Saint Max in his transition to egoism. It is not the good things of this world, not treasures which moth and rust corrupt, not the capital belonging to his fellow unique ones, but heavenly treasure, the capital which belongs to God, truth, freedom, mankind, etc., that gives him no peace. »

    Oui, la religiosité était le point de départ mais les autres raisons sont tout aussi importantes pour lui.

  10. Marx avait une dent contre Stirner et, à l’époque, il était jeune.

    Ça l’a évolué depuis, mais ce sont les germes de la pensée révolutionnaire chez Marx.

  11. «Quels sont les éléments problèmatiques, selon vous?» Je ne pensais pas me faire vouvoyer.

    Il y en a plusieurs, mais disons que le fait de rattacher l’insurection à un projet flou et à sa propre personne est problématique. Ce qui compte chez elle est sa propre liberté et non pas la liberté en tant que valeur humaine qui serait à répandre dans l’ensemble de la population. Exit tout projet collectif, du moins qui n’est pas extrêmement restreint (genre Anne Archet et quelques unEs de ses admirateurs et admiratrices). Avec une vision du genre, si on est pas pauvre, on se crisse des pauvres. Si on est pas une femme, on se crisse des femmes. Si on ne vient pas d’un pays «sous-développé», on s’en crisse aussi. La Palestine? Aucun intérêt.

    Pour moi la solidarité est une valeur importante et le but de la révolution n’est pas uniquement de me libérer moi-même. Je n’ai pas une si bonne opinion de mon Moi qu’elle pour en arriver à penser ainsi.

    Je perçois aussi dans sa façon d’interagir avec les autres (quand elle le fait) une attitude assez méprisante. Elle se met sur un piedestal (quoi qu’on l’encourage) et crache sur les autres. Elle tombe souvent dans la facilité avec des petites phrases assassines peu élaborées, mais en apparence efficaces.

    Elle évite souvent de débattre, surtout quand elle n’a aucun argument valable.

    Tu auras peut-être mieux compris pourquoi je voulais l’ignorer. Je cherche à éviter les chicanes enfantines qui ne mènent nulles part.

    Mais tu m’as poser une question et je t’ai donné une réponse.

  12. Bon, on dirait bien que je dois me mêler de cette discussion.

    Je ne vais pas nier que j’ai une haute opinion de moi-même et que j’aime beaucoup ma petite personne. D’un autre côté, c’est la seule attitude sensée qu’on puisse avoir; ne pas s’aimer et se mortifier n’a jamais aidé quiconque. Je vous conseille d’ailleurs d’en faire autant, vous allez voir, c’est très sain et ça n’empêche pas du tout d’aimer aussi un tas de gens intéressants. Si ça se trouve, ça aide beaucoup: on finit même par avoir des admirateurs — vous devriez essayer, ce n’est pas désagréable du tout.

    Je ne vais pas non plus nier que débattre m’ennuie; j’ai trop longtemps travaillé comme prof et je commence à en avoir marre de toujours répéter la même chose, ce que les débats sur internet vous obligent à faire ad nauseam. Débattre systématiquement oblige aussi d’avoir du respect pour toutes les opinions et j’attire trop de conspirationnistes, de Jesus Freaks et autre siphonnés du bocal pour souffrir de ce penchant libéral et démocratique. Et sincèrement, qu’est-ce que je gagne à débattre? Je ne suis pas en campagne électorale et je ne recrute pour aucun parti ou groupuscule.

    Je conteste toutefois le fait que je sois méprisante. Je suis toujours très (même trop!) respectueuse envers tous les individus, même si je considère leurs idées stupides ou détestables. Jamais ne vais-je insulter quiconque. Mieux: je m’entends parfaitement avec des gens qui ne partagent aucune de mes convictions. D’une certaine façon, je n’ai pas trop le choix: il y a si peu de gens qui pensent comme moi… s’il fallait que je les méprise tous, il n’y aurait jamais personne dans mon lit.

    Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas avoir de projet collectif. Je n’ai jamais dit non plus qu’il ne fallait pas être solidaire avec tous ceux qui subissent l’oppression. Ce que je dis, c’est que tout est dans la manière d’être solidaire. Ce que je dis, c’est qu’il ne faut pas se battre pour la cause des autres parce que ça mène inévitablement à prendre les autres pour des abstractions. Et que ça finit par être toujours contre-productif. Pire: ça peut mener à la création de nouvelles formes d’oppression.

    Je cherche encore un seul exemple d’opprimés qui aient été libérés non pas par leurs propres efforts, mais par ceux d’êtres pleins d’abnégation qui ne subissaient par leur oppression. Jusqu’à présent, je n’en ai trouvé aucun. Par contre, je pourrais vous faire la liste de toutes ces expériences désastreuses où des militants bien intentionnés on fait plus de tort que de bien en luttant au nom d’opprimés — la plupart du temps idéalisés et ne correspondant pas aux individus réels, de chair et de sang. Exemple classique : un marxiste veut faire la révolution au nom de la classe ouvrière. Les ouvriers eux-mêmes, la plupart du temps, le déçoivent, car ils ne sont pas assez prolétaires à son goût — c’est-à-dire «conscients». Ce qui fait que l’avant-garde du prolétariat finit toujours par être composée de gens qui ne sont pas prolétaires… et la dictature du prolétariat finit par être exercée par de vulgaires dictateurs, tout simplement.

    Il en va de même pour la solidarité internationale. Un groupe est opprimé par l’État à des milliers de kilomètres de chez vous. Que pouvez-vous faire? Au mieux, vous attaquer au gouvernement qui les opprime. Mais si ce n’est pas celui qui vous opprime aussi, en quoi serez-vous efficace? Les Palestiniens sont opprimés, c’est indéniable. Qu’est-ce que je vais faire, moi? Manifester pour qu’Israël cesse ses exactions? Faire pression sur le Canada pour qu’il soit assez gentil de demander à Israël d’arrêter d’être méchant? Dans les deux cas, ça voudrait dire que je reconnais une quelconque légitimité à ces deux États, puisque je les pétitionne.

    Autre exemple. Le Canada fait des horreurs en Afghanistan. Dois-je lutter contre l’État canadien militariste qui occupe l’Afghanistan? Certainement. En cela, je suis solidaire avec les Afghans. Mais je ne le fais pas pour eux; je le fais pour moi, parce qu’il se trouve que l’armée qui les occupe est un organe de l’État qui m’opprime. Et que si je me libère, l’État canadien s’affaiblit et devient moins en mesure d’aller faire les gros bras (ha! quelle dérision) à l’étranger.

    De plus, se battre pour la cause des autres mène inévitablement à endosser les convictions et les objectifs des autres, ce qui peut jouer de vilains tours. Encore ici, je pourrais vous réciter la liste sans fin des intellectuels gauchistes qui ont appuyé des salauds et des régimes meurtriers au nom de la solidarité avec des luttes qui n’étaient pas les leurs. Un exemple, comme ça, juste pour rigoler: Foucault et l’Iran des ayatollahs.

    Le monde dans lequel nous vivons est un écheveau serré d’oppressions qui correspondent toutes entre elles. Personne n’y échappe complètement — même les bourreaux. Le meilleur soutien qu’on puisse offrir aux opprimés est de s’attaquer à sa propre oppression, puisque la plupart du temps c’est la même qui s’acharne sur eux.

    Se battre pour sa propre cause ne signifie pas simplement sauver ses fesses. Parce que sinon, la façon la plus simple est de joindre les rangs des oppresseurs — et encore, ce n’est pas si simple parce qu’au final, si on ne s’attaque pas à l’oppression, on reste toujours opprimé d’une façon ou d’une autre. Se battre pour sa propre cause signifie lutter contre ce qui nous opprime comme individu. En se libérant soi-même, on libère aussi ceux qui subissent la même oppression. D’où l’intérêt de s’associer par affinité, avec ceux qui partagent les mêmes intérêts subjectifs dans la lutte. D’où aussi l’intérêt d’analyser de façon critique sa propre situation et trouver, en compagnie de ceux avec qui on partage une amitié élective, les meilleurs moyens de se libérer qui sont nécessairement pas les mêmes que ceux des autres.

    Ce que je raconte n’a rien de bien original. C’est ce que les anars ont toujours dit, même s’ils ne l’ont pas toujours fait. Que ces arguments ne soient pas valables, libre à vous de le penser — l’animateur de ce blog le pense très certainement et je m’excuse d’avance de l’avoir squatté. Que j’aie rarement envie de débattre au sujet de mon narcissisme et de mon sale caractère méprisant, je vous prie de comprendre.

  13. Il n’y a qu’un seul problème avec tout ça (et ça dépasse ce que l’on pense) : quel est le lien avec le sujet du billet initial ? Tout ce que je sais, c’est que c’était un beau hijacking involontairement démarré par David !

    Sinon, Anne Archet, ne t’excuse pas.

  14. Euh, volontairement, c’est ce que je j’espérais! De plus, elle répond à Bakouchaïev qui avait répondu à ma question, alors c’est un peu relié au billet initial.

    Mon cher Bakouchaïev, Anne Archet vient justement de te démontrer que l’égoïsme stirnérien n’a pas grand-chose à voir avec l’égoïsme classique, ou randien. Désolé pour le vouvoiement, je m’adressais aussi à l’Agitateur.

    « Elle évite souvent de débattre, surtout quand elle n’a aucun argument valable. »

    C’est peut-être son seul véritable problème dans tout ce que tu as dit, mais je la comprends d’être tannée…

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