Le capitalisme n’est pas le seul système d’oppression !

Le mouvement anticapitaliste est composé de membres aux différentes orientations politiques, et à l’intérieur, plusieurs se prétendent, ou sont féministes. Le mouvement féministe, pour sa part, a souvent été réapproprié par des marxistes pour mettre prioritairement la lutte anticapitaliste comme moyen d’émanciper les femmes. Pourtant, l’analyse marxiste est retenue comme une grande référence de l’analyse de la lutte de classes de la société bourgeoise qui serait capable, grâce à la révolution prolétarienne, d’anéantir l’exploitation capitaliste et d’émanciper les travailleurs et les travailleuses du monde entier, et de permettre l’égalité. Pour théoriser l’oppression des femmes, nous supposons que le féminisme matérialiste constitue une rupture avec le marxisme. La démonstration se fera en trois parties. D’abord, le marxisme applique une catégorisation naturaliste des sexes en oubliant l’existence des rapports sociaux de sexe. Aussi, la force de travail des femmes est appropriée par la classe des hommes. Finalement, la consubstantialité des rapports sociaux sera la réponse à l’insuffisance de la société conflictuelle analysée par Marx. Nous ferons une critique du marxisme à partir des théories développées par les féministes matérialistes.

D’entrée de jeu, selon Engels, il reconnaît dans les sociétés primitives que la division «naturelle» du travail sexuée ne produit aucune inégalité entre les hommes et les femmes. L’apparition des surplus de la production et de l’appropriation, dès la germination du capitalisme en Angleterre, fait naître la division sociale du travail et se constituent deux classes sociales. L’existence de la femme et de l’homme, comme catégories naturalistes, précèdent l’organisation sociale. Ce naturalisme s’oppose à sa propre démarche méthodologique qui est matérialiste et on ne peut pas retrouver les causes sociales de cette hiérarchie sociale. Engels rend compte de la séparation des sphères productive et reproductive, mais il est incapable de démontrer pourquoi cette séparation a pris une forme sexuée. L’oppression des femmes, selon lui, est une forme d’oppression au service d’une autre dérivant de l’oppression de classe. Nous allons voir que les femmes sont oppressées par un système particulier qui n’est pas propre au capitaliste et pouvant exister dans toutes les sociétés.

À l’opposé d’Engels, selon Delphy, la fin de l’exploitation capitaliste ne mettrait pas fin à l’oppression des femmes, car au foyer familial, en tant qu’unité de production où le père est l’autorité, elles sont exploitées, car leur production est appropriée par leur mari et cette exploitation est patriarcale et irréductible au capitalisme. En effet, « l’oppression des femmes là où le capitalisme en tant que tel a été détruit est attribuée à des causes purement idéologiques – ce qui implique une définition non marxiste et idéaliste de l’idéologie comme un facteur pouvant subsister en l’absence d’une oppression matérielle qu’elle sert à rationaliser »1. Alors, les marxistes se servent aujourd’hui du capitalisme pour expliquer pourquoi les femmes sont opprimées et les inégalités entre les sexes découleraient de ce système d’oppression. Pour Delphy, le point de vue matérialiste se concentre donc, sur le fait de concevoir le patriarcat ici et maintenant au lieu de rechercher ses origines historiques. Sociologiquement, le patriarcat, agit comme un système d’oppression principal, responsable de la subordination des femmes à la classe d’hommes. « Dans le paradigme de l’adéquation, c’est-à-dire de la construction sociale des valeurs, le masculin et le féminin sont des créations naturelles d’une société fondée, entre autres hiérarchies, sur une hiérarchie de genre. Ceci ne signifie pas seulement qu’ils sont liés l’un à l’autre, dans le rapport de complémentarité et d’opposition que nous leur connaissons, mais aussi que cette structure détermine le contenu de chacune de ces catégories, et pas seulement leur rapport »2. Le marxisme sous-entend que les valeurs, en ce qui concerne les sexes, précèdent l’organisation sociale, mais c’est cette culture qui a hiérarchisé les valeurs et qui aurait permis de construire une division sexuée du travail et de la camoufler par la division sociale du travail qui ne prend pas compte des sexes. L’auteure suppose en ce sens que, si les hommes sont les dominants, cela signifie que si les femmes tendent à les rassembler selon la norme masculine, les femmes deviendraient dominantes. Bref, ce raisonnement démontre une contradiction dans la compréhension de la problématique fondée sur des catégories naturelles puisque s’il y a la présence de dominants et de dominantes confirme qu’il n’y a personne à dominer3. Les marxistes n’ont donc pas pensé l’oppression des femmes à l’extérieur des limites du système capitaliste. Pour mieux comprendre comment s’est fait cette hiérarchie sociale du genre, il faut porter un intérêt à l’analyse de Guillaumin sur son concept de sexage.

Dans la même logique que Delphy, Guillaumin apporte l’idée d’une appropriation du travail des femmes par les hommes, en tant que classes de sexes, et de plus, elle soutient l’idée que l’appropriation privée n’est pas relative au capitalisme, mais en lien avec le mariage comme institutionnalisation de l’oppression. L’auteure constate comment l’idée de nature est trop facilement reliée à une fonction sociale et c’est le cas des femmes soumises à la servitude envers les femmes. Encore une fois, contrairement au marxisme, l’appropriation ne s’exclut pas à une force de travail accaparée du prolétariat par les capitalistes, mais bien attribuable à une appropriation du corps des femmes. « C’est-à-dire d’une appropriation non-aléatoire, qui dérive non d’un accident pour l’individu approprié mais d’un rapport social fondateur de la société. Et donc impliquant des classes issues de ce rapport et qui n’existeraient pas sans lui [et] […] la force n’intervient pas alors autrement que comme moyen de contrôle des déjà-appropriés »4. Le sexage se comprend par deux aspects: d’une part, le rapport de pouvoir qui réduit les femmes à l’état d’objet et d’autre part, un rapport d’appropriation d’une classe par une autre et non seulement d’un rapport d’exploitation de la force de travail, mais du travail et du corps des femmes. De plus, chez les néoengelsiens, comme le mentionne Guillaumin, il existerait une nature pour chacun des sexes. Cela « implique donc que la nature des uns et la nature des autres est subtilement différente et non comparable; en un mot que leur nature n’est pas de même nature : la nature des uns serait tout à fait naturelle alors que la nature des autres serait  »sociale » »5. C’est de concevoir que le développement technique lié aux hommes et leur domination seraient en quelque sorte des créations naturelles. Tandis que la nature propre à la femme est de produire des bébés et d’en faire l’élevage, l’entretien de la maison et de torcher le mari. Elles sont capables d’accoucher, c’est leur finalité et qu’il en soit ainsi, c’est la Nature qui l’a dit ! Si une classe de sexe s’approprie en premier lieu le savoir scientifique, comment peut-on croire que cette division sexuée du travail s’est fait naturellement – division encore occultée par les marxistes ? Il est clair que l’idéologie naturaliste des marxistes sur ce point est complètement à l’opposé de ce que pensent les féministes matérialistes. Maintenant que nous avons étudié les fondements d’une hiérarchie sexuée et construite, nous allons nous pencher sur l’appropriation du travail domestique des femmes par les hommes.

Le marxisme soutient que la libération du prolétariat doit se faire par la révolution (du renversement de la classe bourgeoise par le prolétariat pour y ériger une société sans classes sociales) et cela suppose la fin du travail salarié et du modèle de la famille bourgeoise, mais si ce sont les femmes qui subissent la plus grande discrimination dans toutes les sphères de la société bourgeoise, nous soutenons que cela s’applique à toutes les sociétés sociales. Delphy s’est particulièrement intéressée aux inégalités dans la sphère privée et de la gratuité du travail domestique. Elle reprend l’analyse marxiste pour exprimer sous quelle forme se matérialise l’exploitation patriarcale en partant de l’analyse de l’exploitation capitaliste. On suppose c’est la nature des biens ou des tâches relatives au travail domestique qui expliqueraient que ce travail n’est pas rémunéré puisqu’il n’est pas productif. Cette gratuité s’explique plutôt en raison du cadre des relations dans lequel ce travail domestique est effectué et dans la famille comme unité de production patriarcale. Les tâches effectuées au foyer, lorsqu’elles sont produites sur le marché sont pourtant rémunérées puisqu’à la maison, c’est le mari qui détient le travail de sa femme. « Aujourd’hui beaucoup des opérations tendant à transformer les matériaux bruts en produits consommables ont été industrialisées : les opérations qui faisaient autrefois partie des activités ménagères sont maintenant effectuées en dehors de la maison […] [et] le travail qui y est incorporé est considéré comme productif et les individus qui effectuent ce travail comme des producteurs , ce qui n’était pas le cas tant que ces fabrications étaient créées par le travail gratuit des femmes »6. Le marxisme rend compte que tout ce qui est à l’extérieur du salariat n’est pas de l’exploitation, mais le travail domestique des femmes en est également. La définition marxiste est tronquée, car elle ne considère pas les différents capitaux (économique, culturel, social et profilactique) que les hommes acquièrent se fait au détriment des femmes et du temps qu’elles consacrent au travail domestique.

Ces activités domestiques sont de plus en plus soumises à la rationalisation des « devoirs de la bonne épouse » pour rendre cette activité de travail en activité d’amour. Guillaumin identifie à travers le concept de sexage, une double appropriation des femmes. Dans un premier temps, « la classe des hommes dans son ensemble approprie la classe des femmes, […] chacune des femmes est l’objet d’une appropriation privée par un individu de la classe des hommes. La forme de cette appropriation privée est le mariage, lequel introduit un certain type de contractualité dans les rapports de sexes »7. En plus d’être appropriées au foyer, les femmes doivent vendre leur force de travail sur le marché. Dans un deuxième temps, « la classe des femmes est à la fois matériellement appropriée dans son individualité concrète […], donc non libre de disposer de sa force de travail, et en même temps elle est vendeuse de cette force de travail sur le marché salarial »8. Ces contradictions comportent des problèmes pour voir une continuité entre la théorie marxiste, exclusivement présente dans la sphère publique, et le féminisme matérialiste qui comprend l’oppression des femmes dans les deux sphères et la contradiction fondamentale pour les femmes d’être doublement appropriées par les hommes et les capitalistes. Jusqu’à maintenant, nous avons étudié le cas des femmes blanches et c’est pourquoi l’apport de Kergoat est essentiel pour faire transcender les différents système d’oppression, tout en évitant de les hiérarchiser comme l’a fait Delphy en mettant le patriarcat au premier plan, et d’élucider les rapports sociaux de sexe, de classe et de race.

Enfin, pour complexifier la compréhension de l’oppression des femmes, il est de mise de présenter ce que Kergoat appelle la consubstantialité des rapports sociaux. L’auteure reprend le concept marxien de rapport social pour l’intégrer une analyse féministe matérialiste. Le rapport social « c’est la dynamique qu’elle réintroduit puisque cela revient à mettre la contradiction, l’antagonisme entre groupes sociaux au centre l’analyse, et qu’il s’agit bien d’une contradiction vivante, perpétuellement en voie de modification, de re-création »9. Cette consubstantialité désigne un état de fait: un ensemble, dans lequel les rapports de pouvoir organisent, de manière dynamique, le monde social. Ces rapports de pouvoir sont des relations de rapports de sexes qui réagissent avec les rapports de classes, et réciproquement. Kergoat prend l’exemple de la classe ouvrière (et les ouvrières comme objet d’étude). On doit complexifier le concept de classe, car à l’intérieur même de la classe ouvrière, il y a des consciences sexuées, racisées, d’appartenance de classe et il existe des clivages de sexes et de races qui permet de construire une dynamique autour de ces différents groupes dans l’énonciation des revendications. La classe ouvrière est traversée par des contradictions internes et pour construire une conscience collective, il faut dépasser les rapports de sexes; pour construire une conscience de sexe, il faut dépasser les rapports de classes. Le black feminism a répondu à l’impensé du féminisme qui était trop à l’image des femmes blanches, bourgeoises et occidentales. Ce courant de pensée met de l’avant le racisme qui touche à la fois les femmes noires, mais aussi les hommes noirs, qui sont dominants selon leur classe de sexe, mais dominés par rapport à leur «race». Bref, contrairement au marxisme, il faut mener simultanément la lutte sur plusieurs fronts (sexe, classe, «race» et sexualité) et adopter une analyse intégrant ces différents systèmes d’oppression et des différentes contradictions et aller au-delà de la reconnaissance de cette multiplicité.

Pour conclure, le marxisme reconnaissait la division sexuée comme étant naturelle et que l’organisation sociale a suivi pour aboutir à une division sociale du travail, entre prolétaires et capitalistes, et que la cause est le surplus de production et l’appropriation des terres et la propriété privée. Au contraire, l’organisation sociale préalablement genrée a hiérarchisé les sexes et ce sont les hommes qui ont établit quelle était la nature propre à l’homme et à la femme pour pouvoir dominer les femmes. Il n’y a aucune relation entre le fait de produire des ovules et la charge sociale de reproduire et d’assumer les tâches domestiques. Nous avons aussi conclu qu’il existe différents systèmes d’oppression et que le capitalisme n’est qu’un parmi d’autres et qu’il ne s’agissait pas de l’oppression principale et même qu’il faut lutter contre toutes les formes d’oppression à la fois. Le féminisme matérialiste consiste une rupture avec le marxisme même si des concepts marxiens ont été repris, car l’analyse féministe consiste à établir des bases matérielles, et non pas strictement idéelles, à l’oppression des femmes. De même que sur le terrain, il est absurde de croire que la lutte anticapitaliste exclusive puisse servir les femmes, car elles appartiennent à différentes classes sociales et de «races», ainsi que le combat vise strictement à satisfaire les hommes blancs marxistes de la classe ouvrière.

La lutte ne doit pas être récupérée par les groupes dominants. Ils doivent plutôt jouer le rôle d’auxiliaire à la lutte. Ici, nous parlons des hommes dans la lutte féministe, des blancs et des blanches dans la lutte contre le racisme et ce serait le même cas pour les bourgeois-es dans la lutte anticapitaliste. Nous comprenons alors pourquoi les dominant-es ne doivent pas prendre le contrôle d’une lutte spécifique et de permettre aux dominé-e-s de s’émanciper par eux et elles-mêmes. Ce que nous souhaitons, c’est une lutte unifiée contre tous les systèmes d’oppression à la fois afin de tenir compte des différentes oppressions agissant contre différents regroupements du peuple. Bien qu’il faut enclencher une révolution contre l’État bourgeois et le système capitaliste, il est important d’éradiquer l’État patriarcal et enfin le racisme. L’ignorance ou bien l’incompréhension des dominant-e-s, et même des dominé-e-s, tend à ignorer qu’il existe certaines formes d’oppression et que nous vivons dans des sociétés égalitaires, mais c’est absolument faux. Nos conditions matérielles ne sont pas les mêmes et les inégalités n’ont rien de naturelles, les rôles sociaux sont construits et maintenus pour reproduire les systèmes d’exploitation. En ce sens, il faut se bouger le cul et vaincre l’oppression !

1Christine DELPHY, « L’ennemi principal », in L’ennemi principal. L’économie politique du patriarcat, Paris, Éditions Syllepse, 1998, pp. 31-55, 293 pages, p. 32.

2Idem, « Penser le genre : problèmes et résistances », in L’ennemi principal. 2. Penser le genre. Paris, Éditions Syllepse, 2001, pp. 243-260, 389 pages, p. 256.

3Ibid., p. 258.

4Colette GUILLAUMIN, « Pratiques et pouvoir et idée de Nature. (II) Le discours de la Nature. », in Questions féministes, N° 3. Paris, Éditions Tierce, 1978, pp. 5-28, 126 pages, p. 11-12.

5Ibid., p. 22.

6C. DELPHY, Op Cit., « L’ennemi principal », in L’ennemi principal. L’économie politique du patriarcat, p. 41.

7C. GUILLAUMIN, « Pratiques et pouvoir et idée de Nature. (I) L’appropriation des femmes. », in Questions féministes, N° 3. Paris, Éditions Tierce, 1978, pp. 5-30, 116 pages, p. 29.

8Ibid., p.29.

9Danièle KERGOAT, « Plaidoyer pour une sociologie des rapports sociaux », in Collectif, Le sexe du travail. Structures familiales et système reproductif, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1984, pp. 207-220, 320 pages, p. 210.

5 Réponses to “Le capitalisme n’est pas le seul système d’oppression !”

  1. Excellent texte camarade, mais quelques passages me laissent perplexe.

    Comment affirmer que la lutte contre le capitalisme est l’équivalent de la lutte contre le patriarcat (qui existe depuis la sédentarisation, a-t-on analysé) et de la lutte contre le racisme ? Il me semble que le capitalisme ne peut être détruit qu’en transformant radicalement les rapports sociaux de propriétés capitalistes et en renversant les « parts » (maladroitement nommé la bourgeoisie) par les « sans-parts » (le prolétariat). Il est impossible de régler le problème par le compromis, le dialogue ou la plus grande volonté du monde : il faut une déchirure radicale. Aucun autre moyen n’est possible.

    Par contre, la question du patriarcat semble traverser toutes les sociétés de classes. Dans la société sans classe, c’est-à-dire le communisme, il nous sera possible de combattre cette oppression sans nécessairement passer par une déchirure radicale. Pareil pour la question du racisme qui existe depuis l’école de pensée de 1492 en Espagne avec la conquête du Nouveau Monde.

    Pour faire simple, il me semble que la contradiction au sein du capitalisme est antagonique, alors qu’au sein du patriarcat et du racisme elle est secondaire : la première ne peut qu’être résolue par la lutte des classes pour une rupture radicale du rapport travail-capital, alors que les deuxième et troisième peuvent être résolue sans cette rupture.

    Dans le capitalisme, le prolétariat extermine les classes sociales en écrasant la classe bourgeoise. Appliquer cette rhétorique (peut-être que je me trompe, et je demande à être corrigé s’il y a lieu) sur les « classes de sexes » reviendrait à soit éliminer les « hommes » ou les « femmes » (dans le cas présent, les hommes) ou à éclater ces classes pour générer le « genre » – et là, on rentrerait dans la postmodernité qui n’est, en fait, qu’un capitalisme avancé et pénétrant dans la sphère culturelle et psychique. Il y aurait ainsi ni homme, ni femme, mais que des genres à chacun et chacune. Pareil pour le racisme où l’on doit écraser le blanc pour ne laisser que les autres couleurs.

    Or, il y a un problème : dans le racisme, l’ennemi n’est pas spécifiquement blanc, mais comment les dominants – souvent blancs ! – ont crée la notion de race pour l’imposer sur des peuples et justifier leurs interventions politiques, économiques et culturelles sur ceux-ci. Renverser le blanc ne règlerait pas la question. Tout comme dans le patriarcat : le problème ne réside pas dans l’homme, mais comment les dominants ont naturalisé les rapports sociaux de sexes au fil du temps au point d’affirmer que l’homme est « naturellement » au dessus de la femme à cause de la division de travail à la fois publique et privée.

    Dans ces deux cas, le capitalisme a parfaitement réussi à les recycler et en exploiter un profit pour renforcer et garantir son existence comme système d’oppression totalitaire (parce que oui, le capitalisme est une totalité qui pénètre jusqu’à notre psyché). Ce qui me pousse à dire que nécessairement le patriarcat et le racisme peuvent être éliminer une fois le capitalisme détruit et pas autrement, parce que celui-ci les exploite très bien. En ce sens, le capitalisme ne peut se résoudre que par la Révolution; le patriarcat et le racisme peuvent se résoudre SANS révolution, mais à l’EXTÉRIEUR du capitalisme et, plus particulièrement, dans une société SANS classe.

    En d’autres termes, lutter contre le racisme et le patriarcat dans le capitalisme, c’est non seulement affirmer que c’est la fin de l’histoire, mais que la lutte des classes – qui est une contradiction antagonique et uniquement résoluble par l’abolition complète du capitalisme – n’est plus aussi importante que ça et qu’elle peut attendre.

    Enfin. Ce qui m’agace dans ton texte, c’est cet aspect un peu postmoderne (résistons au lieu de combattre) et de la question du genre, ce qui nous rapproche dangereusement du nihilisme et de l’absence complète du sens universel d’un monde meilleur. Mais autrement, c’est extrêmement pertinent et génial.

  2. nsrgnt Says:

    Camarade Agitateur, quelque chose semble t’éluder dans la dialectique de la conception matérialiste de l’histoire et c’est ce qui te fait reprendre la hiérarchie des contradictions. Le matérialisme historique est une théorie de la transformation sociale, pas de l’abolition du capitalisme (d’où pourquoi l’existence du communisme). Comme tu le sais, l’abolition de la classe ennemie n’est pas une abolition physique des membres de la classe, mais des conditions matérielles qui font la classe. Les opprimé-e-s s’émancipent en se réappropriant politiquement leur travail; cela est possible puisque la force de travail leur appartient en dernière instance. C’est pourquoi la lutte des classes est une lutte politique et l’histoire de toute société. C’est la garantie de la force qui assure la transformation des rapports sociaux.

    Mets-toi en tête que l’aliénation dans le féminisme matérialiste se conçoit à partir de l’appropriation de la plus-value du travail des femmes. Le terme sexage désigne la spécificité de l’exploitation domestique. L’arme principale de bataille du féminisme matérialiste est donc évidemment l’arrêt du travail exploité, qu’il soit dans la sphère publique (salariée) ou privée (domestique). C’est le levier du processus d’émancipation.

    Le féminisme matérialiste n’est donc pas une lutte, mais une théorie. Les institutions d’État et le capitalisme ne sont donc pas intrinsèquement entièrement remis en cause. L’État bourgeois est même parfois vu comme un levier d’émancipation car il garanti par la force les gains féministes. Aussi, les revendications féministes prennent souvent une forme de la propriété privée (l’équité salariale par exemple).

    C’est d’ailleurs pourquoi il existe un féminisme radical (le côté politique du féminisme matérialiste). Je ne m’avancerai pas trop là dessus car je m’y connais bien moins, mais je le connais suffisamment pour l’appuyer et le considérer comme révolutionnairement très pertinent. Suffit de dire que le féminisme radical désire la mort de l’État et du capitalisme car ils font parti du problème de l’émancipation des femmes. Ces deux phénomènes produisent et reproduisent une oppression concrète des femmes et génèrent des crises aussi grave que les crises de capital e.g. les ravissement de masse pour esclavage sexuel, ou la prostitution de guerre. Par ailleurs, les femmes sont objectivement plus touchées par les crises de Capital que les hommes. Les premières crises servent autant de levier pour justifier un mouvement politique que les crises de capital.

    Il est donc possible de conclure que le communisme est un mouvement révolutionnaire d’hommes (tel que critiqué par les féministes radicales) tandis que le féminisme radical est un mouvement révolutionnaire de femmes. C’est justement par là que peut se faire la Révolution féministe: en refusant le « simple » communisme, elles forcent les hommes à accepter leurs revendications comme conditio sine qua non de la Révolution. Évidemment, cela est sujet à de chaudes luttes politiques entre des révolutionnaires de la classe des hommes et de la classe des femmes; plusieurs hommes vont critiquer les féministes de diviser le mouvement révolutionnaire (avis que tu sembles initialement partager, mais questionne tout de même) tandis que les femmes vont, avec raison, les accuser de les ignorer (autant au sens d’omission que d’incompréhension).

    C’est ce que je sais et comprends du féminisme matérialiste. Je suis content que le camarade Déchet Social ait produit ce billet somme toute assez exact, mais, comme je lui avais déjà dit, je demeure tout de même ambigu sur le fait de « parler au nom des femmes ». Bien que ce billet traite assez factuellement du féminisme matérialiste, je suis quand même certain que Christine Delphy s’opposerait au fait qu’un homme prenne parole pour les femmes, en particulier sur un blog avec une orientation politique autre; cela pourrait laisser sous-entendre la récupération. D’autre part, Francis Dupuis-Déri, en s’inspirant de Delphy, considère que les traîtres de classe doivent policer les autres hommes, travailler sur eux-même et être relégués à un rôle passif dans la lutte féministe. Malgré le fait que le camarade Déchet social et moi sommes institutionnellement qualifiés pour discuter du sujet, j’ai tout de même plusieurs réserves à le faire publiquement sans l’approbation de féministes matérialistes. C’est d’ailleurs pourquoi je trouve nécessaire tout ce qui est dans ce commentaire afin de « conclure » le billet de notre camarade.

    • Merci des éclaircissements camarade. J’ai probablement mal compris le fondement, mais je vois l’essentiel dans tes propos et dans ce qui me manquait.

  3. Déchet social Says:

    J’avais oublié de préciser certains éléments puisque je croyais que c’était assez clair… merci camarades d’avoir apporté questionnements et précisions.

  4. * Pwel est émute *

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