La contrainte idéaliste par les médias

Ce billet est sujet à des modifications.

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Après chaque manifestation ayant très légèrement débordée – c’est-à-dire dans laquelle il y a eu des bousculades, des insultes et parfois des bris matériel –, les médias n’hésitent jamais à faire un très bref bilan sélectif de ce qui s’est passé. Cela s’interprète comme suit :

Des vitrines fracassées, de la frustration juvénile et apolitique, des attaques sauvages et des costumes de terroristes. Des gens s’en prennent à la démocratie et bafouent la liberté d’expression. Ils refusent le dialogue, le compromis et la paix. [Ajoutez quelques commentaires de gentilles personnes pacifiques].

En d’autres termes : les manifestations sont des ramassis d’anarcho-poteux hippies mal-rasés en crise d’adolescence perpétuelle.

C’est ce qu’on vous présente. C’est comme cela que les mass-médias poubelles perçoivent les luttes de classes, les conflits sociopolitiques et les jacqueries quotidiennes à travers le globe terrestre. Les prolétaires, trop occupéEs pour subvenir à leurs subsistances, n’ont pas de temps pour la réflexion matérialiste et l’analyse critique. En conséquence, ils et elles sont galvaniséEs et engourdiEs par ces informations qui ont pour but de les maintenir dans un état végétatif et passif.

Mais d’abord, les médias*kossé ça mange en hivâr ?

À la base, ce sont des techniques de diffusions d’informations pour exprimer une réalité historique. Elles peuvent s’exprimer de différentes façon. Par exemple via l’écriture, l’audiovisuel et la communication verbale. Ces médias sont les témoins des réalités et en expriment leurs interprétations. Telle est a priori la fonction du média.

Historiquement parlant, ces moyens de communication, au sens journalistique, ont pris naissance avec l’émergence du capitalisme dans les campagnes d’Angleterre. Contrôlés directement par l’État pour y exercer une hégémonie complète sur leur société, ils étaient rigoureusement surveillés pour y diffuser l’information que les royautés voulaient diffuser. Le tout était sous une sérieuse censure dans l’État absolutiste français (contrairement à l’Angleterre qui l’a aboli en 1695). La presse n’existait que parce que la classe dirigeante le permettait et en donnait le privilège.

Faire des publications périodiques, c’est-à-dire régulièrement (jours, semaines, mois) était trop coûteux et difficile. Cela nécessitait des capacités matérielles importantes et des moyens d’imprimerie. Le bois était lourd à transporter pour faire du papier, il était plutôt utilisé pour quelque chose d’autre d’utile. Le textile et le papier étaient chers. Seul l’État pouvait se le permettre, mais préférait conserver ces matériaux pour son expansion par la conquête du nouveau monde et les guerres. C’était plus profitable !

Le capitalisme aidait à l’accélération du développement des moyens de communications.

Durant l’ère industrielle, la nouvelle technologie a permis l’impression d’une quantité massive de journaux, de bulletins, de pamphlets et de livres. C’est à ce moment que le capitalisme en a profité pour y insérer progressivement les deux impératifs du marché : productivité (concurrence) et profit (rentabilité) en y mettant des publicités et petites annonces vers le XIXe siècle. Les journaux étaient devenus bons marchés. Ce fut le glissement de l’information étatisée vers l’information capitalisée.

Leur dissidence ? Les partis communistes, les mouvements anarchistes et les organisations réformistes pô contents. Leurs diffusions gratuites et contestataires étaient largement répandues parce qu’elles étaient lourdement soutenues par les membres de ces groupes de militantEs et activistes. La contestation pouvait en ce sens se maintenir et avoir un certain poids réel dans la balance médiatique.

Hélas, depuis l’après-guerre froide, cette dissidence s’est dissoute en micro-organisations et groupes clandestins. Ils sont désormais à peine capables de produire une véritable presse d’opposition contre les créatures du Capital. Tous vendus à l’argent, ces médias sont contraints de suivre les impératifs du marché au même titre que toute autre marchandise. Rares sont les médias indépendants à la fois de l’argent et de l’information corporatiste.

Dans le contexte québécois, l’écrasante majorité des informations diffusées sont sous la plume de Quebecor Media Inc et Power Corcoporation. Ces deux monstres capitalistes filtrent au complet l’information qu’ils recueillent et diffusent. La censure et le contrôle à un certain degré sont présents dans ces diffusions, cette fois-ci non pas par l’État et sa royauté, mais par la bourgeoisie elle-même. Jamais vous ne verrez dans les journaux corporatistes – ou simplement dépendants à l’argent – diffuser des informations choquantes dans le but de renverser l’ordre établi ou le capitalisme carrément.

Au contraire, ce sont plutôt des informations « choquantes » pour renforcer l’omniprésence capitaliste et galvaniser les masses.

Les capitalistes contrôlent l’information et la diffusent à leur manière sans qu’une véritable dissidence face contre-poids. De ce fait, toute pratique sociale en faveur d’une destruction ou réduction partielle du capitalisme est aussitôt étiquetée comme étant une menace ou une farce et se doit d’être réprimée ou moquée. Aucune explication scientifique, aucune analyse concrète de situation n’est donnée dans les informations. Seulement l’essentiel pour que leurs informations se vendent comme de petits pains chauds : sensationnalisme, chiffres gonflés, évènements exagérés et écriture hyperbole à sauce mensongère.

Vous doutez ?

Autrefois, lors des manifestations, les médias disaient que les manifestantEs étaient des forcenéEs (gens frustrés) qui avaient des problèmes de santé mentale. Ils disaient aussi qu’il fallait les réprimer et augmenter l’effectif militaire pour la sécurité du pays. Dans les colonies occupées par les impérialistes, toute personne voulant l’indépendance était terroriste et contre la libération civilisatrice blanche. Une bonne femme était une femme obéissante, soumise. UnE non-blancHE était infectéE par une impureté biologique intraitable. Bref, ils faisaient tout pour discréditer les prolétaires dans leur lutte des classes qui pullulaient partout dans le monde et principalement en Europe.

Est-ce que les choses ont changé ? Bien sûr que non ! Elles ne se sont que calmées à certains endroits.

Il est important de rappeler que les médias au service du Capital et du fascisme n’ont en aucun cas intérêt à montrer les corruptions institutionnelles, ainsi que les effets destructeurs des impératifs du capitalisme sur le plan social et environnemental. Ils n’ont pas intérêt à inciter les populations à se révolter et à prendre les armes. Ils ont plutôt intérêt éliminer du mieux qu’ils peuvent la haine contre le véritable ennemi : le capitalisme.

En effet, il y a un détournement de la vraie problématique qui pourrie la vie des êtres vivants sur terre. Un détournement des yeux des prolétaires vers une fausse problématique et même un sous-problème. Pensons aux accommodements raisonnables et aux hausses tarifaires. Les deux ne remettent aucunement en question le capitalisme ; les deux ne pointent pas directement le capitalisme comme étant la source, la génératrice, la racine, l’origine.

C’est normal.

Pourquoi ? Parce que les médias ne sont pas du côté du prolétariat mais bien de la bourgeoisie et du Capital. Si vraiment les médias étaient du côté de la révolution, nous serions à l’intérieur de ces médias et nous diffuserions. Un média pour la révolution est un média géré par des révolutionnaires et des matérialistes. Les informations recueillies sont celles choisies et désirées. Lorsqu’un évènement survient, qui questionne-t-on ? Les autorités en place et les personnes « potentielles à répondre » selon ce qui est recherché. Le tout est filtré pour n’en ressortir que l’essentiel à comprendre, c’est-à-dire une leçon de morale du « comment agir devant les caméras ».

Que font donc les médias ? Ils galvanisent les prolétaires, les divisent et modélisent un idéalisme autour des pratiques sociales sur « ce qu’elles devraient être » comme le pacifisme, le parlementarisme et le compromis à tout coût. Ils font en sorte que toute expression de colère soit banalisée et, plus loin, diabolisée pour forcer celle-ci à devenir bernée. Cette colère devient ensuite douce comme une brebis et s’adapte aux filtres médiatiques pour que ceux-ci ne les diabolisent pas. En ce sens, les pratiques sociales se vident de leur contenu pour correspondre à ce que les médias présentent.

Conséquence ? Les militantEs et activistes espèrent que les populations diront « que c’est beau tout ça ! Ils manifestent pacifiquement pour leur cause  ! » et… c’est tout.

Voilà la contrainte idéaliste par les médias. C’est justement là le tabarnack de problème !

Ces détenteurs et détentrices des moyens de diffusions établissent une contrainte idéaliste qui se limite à « afficher notre cause » sans que jamais celle-ci se concrétise et transforme la réalité sociale. Croire que c’est en faisant beau devant les câlisse de caméras que le monde va se transformer, que les populations supporteront la lutte et y participeront, c’est se rentrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Lutter selon son image et non selon la praxis, c’est se condamner dans la contrainte idéaliste.

Cela m’amène à poser une question pertinente.

Devrions-nous agir par :

  1. La lutte des classes, peu importe comment les médias nous présentent à la population ?
  2. La lutte idéaliste pour être « correctement » présentéEs par les médias et vuEs par la population ?

Dans le deuxième cas, il faut immédiatement éliminer la praxis et se coincer dans l’idéologie dominante véhiculée, c’est-à-dire le dogme de la non-violence. Que cela vous plaise ou non, le premier cas est l’unique façon d’agir. C’est par la praxis révolutionnaire directement dirigée contre le capitalisme. Bien sûr, les médias, la police et l’État feront tout pour empêcher qu’une telle praxis est lieu.

Alors ?

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*La question médiatique dans son ensemble sera traitée  ultérieurement.

2 Réponses to “La contrainte idéaliste par les médias”

  1.  »sensationnalisme, chiffres gonflés, évènements exagérés et écriture hyperbole à sauce mensongère. »

    Nous sommes d’accord au moins sur un point. Cela dit, moi j’y vois bien davantage de l’incompétence qu’une logique sociale de classes(d’autant que les analyses tronquées vont pas mal dans tous les sens). Et puis pour sûr qu’on ne vera pas souvent de remises en question du capitalisme ou de l’ordre établi dans les médias de mass(il faut bien admettre qu’on en croise à l’occasion), et ça n’a pas à être une question d’intérêts matériels(d’une soit-disant classe dominante), on peut tout simplement invoquer l’existence de ce qu’on appelle une culture politique(qu’on peut expliquer de bien des manières):

    http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0006369

    Et c’est tant mieux!

  2. Vous critiquez « le dogme de la non-violence ». La situation en Afghanistan, en Irak, en Ouganda, en Palestine, en Colombie, en Somalie, au Soudan, semble montrer que ce dogme n’est pas très respecté! Aux apologues de la violence (pour les meilleurs causes comme les pire), rappelons que dans violence il y a « viol ». Le terme « capitalisme » recouvre de multiples formes de domination, dont la domination masculine. Votre romantisme révolutionnaire ne serait-il pas le produit inconscient de cette domination dont les effets sont bien plus manifestes que ceux du « dogme de la non-violence »? Et les révolutions non-violentes ont souvent été bien plus efficaces que les autres.

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