Comment (ne pas) aider Haïti

Haïti, petit pays à population similaire au Québec dans une île divisée avec la République Dominicaine dont d’importants bidonvilles sont concentrés autour d’une zone touristique embourgeoisée hautement sécuritaire par l’armée locale, est en train de vivre l’un des pires moments de son histoire. C’est un drame humain complètement dégueulasse qui mérite sérieusement notre attention, mais aussi l’expression de notre colère et de notre agitation face à l’hypocrisie capitaliste des principaux acteurs de la crise.

Naïvement, les masses croient qu’en offrant des ressources humaines, financières et naturelles à Haïti, cela les aidera. Elles croient aussi que le FMI, la Banque Mondiale, le Canada, la France et les États-Unis font un effort commun considérable pour venir en aide aux 2.5 millions de sinistrés en besoin urgent. Les plus intellectuelLEs se limitent à n’y voir qu’un aggravement au drame déjà présent. Ces personnes n’ont pas tort, mais uniquement sur le plan à l’immédiat, c’est-à-dire dans une période de temps très restreinte, très courte. À long terme, c’est monstrueusement pire.

Il est nécessaire de faire rappeler que le séisme a été envisagé depuis près de 4 ans d’avance. On peut lire noir sur blanc le propos suivant :

En 2006, Claude Prépetit, ingénieur et conseiller technique au bureau des mines et de l’énergie d’Haïti, mettait d’ailleurs en garde les autorités sur un risque sismique important : « Les quelques données disponibles sur la sismicité à Haïti indiquent que ce pays est susceptible d’être affecté, à l’échelle de quelques dizaines d’années ou moins, par des séismes de magnitude 7 à 8. Un séisme d’une telle magnitude est possible. Il en résulterait probablement des pertes humaines se comptant par milliers et une perte économique majeure pour le pays. »

Ils savaient. Toutes les autorités savaient – même plus tôt en raison des nombreux séismes dans la région -, mais rien n’a été planifié pour faire en sorte qu’Haïti limite les dégâts. Non, rien n’a été fait parce qu’ils en ont rien à foutre d’Haïti. Ce petit pays ultrapauvre dont 80% vit avec moins de 2$ par jour où l’électricité, l’eau salubre et l’assainissement sont remarquablement absents sur le territoire, composé presque uniquement de nègres qui puent et pratiquent le crime comme religion, pourquoi devrait-on s’intéresser à eux ?

Parce qu’il y a des intérêts capitalistes, c’est-à-dire des ressources naturelles très riches dont de l’or, du pétrole et de bauxite. Il est extrêmement important de rappeler que Haïti est un pays, autrefois autosuffisant et dans une logique proche du socialisme à la suite de la révolution haïtienne pour devenir la première république noire indépendante anti-esclavagiste, littéralement pillé depuis plus de deux siècles et reste sous domination encore à ce jour des impérialismes français, américain et récemment canadien.

Des sommes astronomiques « d’indemnités » ont été soutirées d’Haïti pour des raisons strictement bourgeoises et capitalistes. Pour sortir de son gouffre, le pays a dû emprunter aux banques qui étaient en capacité de leur prêter de l’argent, c’est-à-dire chez les impérialistes même ! À plusieurs reprises, des pillages ont eu lieu comme en décembre 1914 où les coffres nationales ont été militairement volées en totalité (soit 500 000$ en monnaie courante). Nombreux sont les corrompus au pouvoir qui ont détourné d’énormes quantités de fonds, jusqu’à la moitié des recettes de l’État. De plus, le pays était condamné à payer des « amendes » pathétiques pour des arrêtés comme Mews, un contrebandier américain d’une aristocratie haïtienne. (Pour en savoir plus, voir les liens au bas du billet)

Vous l’aurez compris : ce sont ces trous du cul d’impérialistes qui ont des dettes à rendre à Haïti et non l’inverse.

Résultat, le pays est extrêmement pauvre, les haïtienNEs immigrent en masse vers des territoires voisins où il est possible de travailler et d’avoir un salaire pour des conditions de vies au minimum décentes, à la fois pour soi et pour la famille, et Haïti se voit dépendant des forces impérialistes pour sa survie. Les infrastructures sont très fragiles, les médicaments manquent, les hôpitaux sont à peine efficaces, les prisons sont aussi bondées que des HLM, il n’y a pas de travail possible, les moyens de productions se privatisent pour servir le Capital étranger et le prolétariat survie dans des bidonvilles aux conditions sous-prolétariennes. Les escadrons de la mort recrutés dans la police parcourent les villes pour liquider des « suspects » dont les armes proviennent exceptionnellement de l’impérialisme américain. N’oublions pas la dictature Duvalier de plusieurs décennies, l’occupation impérialiste américaine de deux décennies, l’intervention impérialiste du Canada, de la France et des États-Unis pour expulser Aristid du pouvoir.

La pauvreté en Haïti n’est pas le fruit du hasard : elle est la conséquence directe des chienNEs impérialistes américainEs et françaisES, et du capitalisme lui-même. Ces vermines n’ont jamais hésité à tout piller, jusqu’aux dernières sources de richesses nationales, pour leurs propres intérêts capitalistes. Le tout est actuellement voilé par l’hypocrisie mondiale d’une simple « aide humanitaire » qui n’est en fait qu’une stratégie de guerre de reconstruction exactement comme en Irak : 1) tout détruire, 2) tout reconstruire, 3) prêter pour la reconstruction avec de très gros taux d’intérêt. Le tout, derrière les plus grands mensonges (et les plus absurdes) qui soient possibles de dire (ex.: liberté, démocratie, libre-marché, croissance économique, etc.)

Une réalité qui n’a rien à voir avec la divinité, et ce n’est pas la première fois qu’un tel évènement arrive.

Maintenant, quelques centaines de millions du FMI et de la Banque Mondiale sont « données » à Haïti en aide humanitaire, sans oublier les « donateurs » impérialistes pilleurs – eh oui, tous responsables de la misère en Haïti ! Les ressources naturelles et humaines envoyées en Haïti sont une véritable blague de mauvais goût qui donne l’envie de dévorer la chair d’un capitaliste en l’étouffant avec ses propres billets de monnaie. Des dizaines d’heures inutiles à parler d’Haïti, à amener des « expertEs » pour « discuter » de la situation, comme si le pays venait soudainement d’exister, et ignorer toute la souffrance perpétuelle de ce peuple depuis plus de deux siècles à la fois de l’impérialisme, du capitalisme et des catastrophes naturelles. Bien sûr, c’est sans oublier les journalistes qui filment des cadavres dans les rues et donnent leurs commentaires dont on s’en câlisse au lieu d’aider concrètement le peuple haïtien.

C’est intolérable et ironiquement hypocrite.

Lorsqu’il s’agit d’une guerre contre une nation comme l’Afghanistan ou l’Irak, des milliards de dollars sont dépensés pour intervenir, ainsi qu’un effectif de centaines de milliers de personnes et des équipements militaires très sophistiqués. La même chose pour l’actionnariat et la bourgeoisie contemporaine, ainsi que le gestionnariat : des centaines de milliards sont débloquées des fruits de la production du prolétariat pour essuyer les dégâts inévitables et continues de ces voraces qui doivent dévorer actuellement les dizaines de milliers de cadavres des derniers jours en Haïti qui tournent maintenant autour de 50 000 mortEs.

L’omniprésence du capitalisme dans le monde et l’histoire humaine est gigantesquement plus que vous ne le croyez…

Là où il y a capitalisme, il y a pillage et destruction : seule l’insurrection pourra directement l’ébranler et ouvrir la porte à la révolution afin de le balayer une bonne fois pour toute de la planète. Ce n’est pas avec un don d’argent que le vecteur de l’argent même (!) cessera d’exister ! Camarades, faisons détoner le Capital par tous les moyens à notre disposition. Solidarité avec le peuple haïtien, et mort à l’impérialisme et au capitalisme !

Faites-vous plaisir : explosez la banque située au coin de votre rue !

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Pour en savoir plus sur l’impérialisme en Haïti, lisez les articles ici et .
Pour les conséquences de la négligance capitaliste, voir ici et ici.

3 Réponses to “Comment (ne pas) aider Haïti”

  1. Quelques données supplémentaires:

    Environ 80% des revenus des gens du pays proviennent de rémittences, c’est-à-dire de fonds envoyés par des parents de l’extérieur.

    Les fameux « problèmes » de glissement de terrain que connaissent les habitants d’Haïti ne sont pas un hasard. La déforestation causée par l’annihilation des forêts du pays par les corporations d’exploitation forestière engendre l’érosion des sols responsable des glissements de terrain.

    Le Canada octroie « généreusement » 5 millions de dollars « d’aide humanitaire » à Haïti, mais dépense 900 millions de dollars pour la seule sécurité des indispensables Jeux olympiques de Vancouver.

    Si vous avez moindrement une tête, vous comprendrez où sont les véritables intérêts et quel est le véritable problème.

    Pas de références, car une recherche sur Internet de 5 minutes vous donne ces données.

  2. Robert d8 Says:

    Financement du business de l’humanitaire affairiste et hypocrisie :

    L’ humanitaire est financé par les multinationales et transnationales pour le profit et pour redorer leur image de marque dans le monde et pour faire oublier leur rôle dans le foutoir et confusion inextricable du monde (guerres en irak, afghanistan, palestine etc …, crimes, dictatures, vols, exploitation et esclavage des peuples, aidées par les sectes religieuses qui font semblant de les aider en échange de croyances artificielles tc …) dans l’immensité et la grandeur de l’horreur économique mondialisée, dans lesquels ils plongent la planète entière.
    Elles se nourrissent et entretiennent la misère des peuples, en les exploitant et en pillant ce qu’il reste à prendre.
    Les serviteurs, les défenseurs de l’humanitaire utilisent leurs compétences commerciales pour vendre au grand capital les projets de développement qui favorisent, quelque part, le maintien à faible coût, des inégalités dont ils se nourrissent. Les ONG organisent des collectes de dons avec un tapage médiatique énorme qui coûtent énormément ensuite qui les placent dans les banques pour leurs comptes et qui ne servira jamais pour l’aide aux populations qui en ont besoin …

    Ils reconstruisent si peut, un semblant, juste pour camoufler les ravages de la misère favorisant l’exploitation de tous ces peuples (trafic et esclavage des enfants etc ;..), l’ignorance, la peur qu’ils ont créés et cela durent depuis des siècles.
    Et après les interventions des humanitaires affairistes, leur business continuera …
    Les financeurs de l’humanitaire sont les fondations privées, financées elles-mêmes par les grosses multinationales dans lesquelles elles plongent les populations encore plus dans l’inégalité et la misère.

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