Noël, ou comment s’acheter une bonne conscience

C’est Noël ! Tout le monde est heureux ! Des cadeaux par-là, des affections par ici, des accolades et de la joie, ainsi que des souhaits pour les meilleurs voeux à tous et toutes ! On se réuni touTEs et on célèbre la nouvelle année qui vient, en se racontant de belles histoires et en se disant Ô combien nous nous aimons et qu’il est bien de vivre ensembles. Un beau sapin de noël, super décoré, avec des emballages par dizaines et centaines, où chacunE boit à sa guise et rit jusqu’à en pleurer de contentement. Tout va pour le mieux, et le monde est en paix !

Hypocrites. Ordures et saletés d’hypocrites que j’emmerde au plus haut point.

Quel Noël ? Celui de votre minable cercle sectaire fermé où des dépenses s’élèvent au niveau de la bourgeoisie et dont la logique aliénante s’imprime brutalement dans le capitalisme, c’est-à-dire la consommation achat/poubelle avec comme représentant symbolique la mascotte Papa Noël ? Ou celui de la naissance de Jésus Christ qui fera émerger la secte judaïque comme nouvelle religion : le christianisme ? Ce qui est visible, c’est précisément la première : un gigantesque marketing de joie capitaliste où le christianisme a su s’intégrer très facilement.

Noël, qui au départ était symboliquement fêté chez touTEs les chrétienNEs comme un rassemblement familial de toutes les branches pour célébrer ensembles leur sentiment d’appartenance religieux et leur route vers la nouvelle année, est devenu un marché globalisé d’engraissement des coffres de la bourgeoisie et une frénésie à la soumission, l’abrutissement et l’abâtardissement des masses prolétaires. Celles-ci achètent pour acheter, s’auto-satisfaire et s’auto-valoriser, pour se donner (ou plutôt, s’acheter une) bonne conscience au moins une journée en se disant « j’ai été altruiste pour l’année, j’ai fait ma bonne action ! » et s’en laver les mains le restant des autres 364 jours.

Pendant ce temps, plus d’un milliard sur la planète vit dans un bidonville est moins, comme des rats enfermés dans une cage à se bouffer eux-mêmes, d’autres centaines de millions s’endettent – chose que le capitalisme encourage et vous faire accroire que c’est bien – et plus d’un milliard d’autres dorment la nuit de noël le ventre vide. Les « bien-nantiEs » osent, par pure aliénation et déconnexion de la réalité, dépenser des prix astronomiques pour satisfaire leurs besoins facultatifs crée et pervertis par le capitalisme même.

Ironiquement, ces mêmes « bien-nantiEs » n’aident d’aucune manière, même par la simple parole ou un simple sourire, les sous-prolétaires, les oppriméEs, les coloniséEs, les affaméEs, les malades, les démuniEs et touTEs ces malheureux-euses de ce monde vivant quotidiennement sous le joug du Capital. Mais lorsqu’il s’agit de s’endetter jusqu’aux yeux pour faire « plaisir », cette notion vomie jour après jour par le capitalisme sous le voile de la consommation dont les plus activistes en sont engourdiEs, ces prolétaires n’hésitent pas une seule seconde : « c’est pas grave, je payerai plus tard ! » disent-ils et elles après avoir presque éclaté leur marge de crédit.

Un exemple flagrant est le trou du cul Dr. Gilles Julien. Cet imbécile de première a ramassé plus que son objectif, c’est-à-dire 500 000$ en dons, pour venir en « aide » aux familles les plus pauvres. Incohérent dans son français (lisez l’article, vous comprendrez), il s’est donné bonne conscience en payant trois autobus de ville pour amener des familles démunies pour faire leur épicerie (!), c’est-à-dire en leur payant le transport. Autant acheter des souffleuses ou tondeuses pour les Touaregs du désert du Sahara. Mais ce n’est pas tout : pour lutter au décrochage scolaire, ces sommes ont aussi servi à payer une carte d’autobus aux jeunes incapables de s’en payer une (!). Sans oublier que – et je cite : « deux de [ses] ados se sont présentés à [sa] clinique pour passer le temps. Leurs parents n’ayant pas les moyens de leurs acheter une carte d’autobus, ils ne pouvaient aller à l’école » (!). Donc mieux vaut passer son temps à flâner chez un docteur que de s’instruire au minimum à l’école, faute de carte d’autobus !

Pathétique, pathétique …

Non seulement cette journée commerciale n’est qu’une illusion de bonheur, mais en plus elle est chaleureusement accueillie et aveuglément pratiquée au nom du « plaisir » et de la « famille », deux réalités qui n’existent aujourd’hui que par un rapport marchand, un rapport monétaire. Faire plaisir, c’est acheter un bonheur pour le donner ou le vendre à un autre qui recherche ce bonheur (même s’il en a pas du tout besoin) ; être en famille, c’est être financièrement dépendant où la contrainte de la propriété, voilée par l’argent, domine les rapports sociaux entre membres d’une même famille. Tout ça, le capitalisme l’a très bien exploité et continue de l’exploiter en y intégrant les sentiments et les émotions, deux choses parfaitement monnayables (le deuil aux funérailles, l’amour à la St-Valentin, la colère dans le sport, etc.)

Enfin, je ne m’oppose pas à Noël intrinsèquement, mais à ce qu’il est advenu aujourd’hui : une arme d’aliénation massive qui fait le véritable bonheur à long terme de la bourgeoisie, et non du prolétariat. Le malheur retournera sur la tête des masses prolétaires après Noël, et après le Jour de l’An, comme si rien ne s’était passé et la routine dans la vie capitaliste continuera à tourner à sa vitesse régulière – car lors de la semaine de Noël, sa vitesse est fulgurante : production et consommation massive, allant jusqu’à la surconsommation et surproduction, contraignant à tout jeter et gaspiller, et en même temps exploiter inutilement la planète. Le tout, dans un laps de temps très restreint.

Passez du bon temps à préparer et alimenter l’insurrection pour ouvrir la porte à la révolution et ce, même si c’est très difficile à faire. C’est pas avec des estis de confettis, de cadeaux, de mots doux et de souhaits qu’on va transformer le monde : rentrez-vous ça en tête !

6 Réponses to “Noël, ou comment s’acheter une bonne conscience”

  1. Mais…mais, l’esprit des fêêêêêêêtesssssssssssssssssss!

  2. Mais non! Noel est une institution qui, par ses logiques altruistes, entraine une allocation sous-optimale des ressources! Chaque $ dépensé pour acheter un cadeau qui ne satisfait pas optimalement aux préférences des agents équivaut à une perte d’utilité. Noel fait donc subir à l’économie capitaliste une perte sèche!

    D’où noel est une fête anticapitaliste. Ah ben voilà, c’est pour ça qu’il est habillé en rouge le pere noel!

    C’était donc ça!

    • Déchet social Says:

      Episteme, je ne comprends pas du tout ton raisonnement!!

      Est-ce que c’est sérieux?!

      • Disons que je vous achète un cadeau de X$. Je ne connais pas vos préférences mieux que vous, donc je risque d’avoir choisi un produit qui vous satisfait moins que ce que vous auriez acheté, vous, si je vous avais donné le X$, ou si je l’avais pris pour moi.

        En gros il s’agit de dire vous n’auriez pas payé X$ pour le cadeau que je vous ai acheté, mais plutôt, à la limite, Y$ où Y<X. Certains économistes ''orthodoxes'' seraient alors tentés de dire que je vous ai fait subir une perte de valeur équivalente à X-Y. Et si n cadeaux de ce genre ont été faits à noel, on en arrive à une perte sèche de l'ordre de (X1-Y1)+(X2-Y2)+…+(Xn-Yn) que noel fait subir à l'économie capitaliste dans son ensemble, où Xi(i=1,2,…,n) est le prix du ième cadeau considéré et Yi le prix que la personne à laquelle le cadeau a été offert aurait été prêt à payer pour ledit cadeau.

        Si vous ne comprennez pas encore:
        http://www.economist.com/businessfinance/displayStory.cfm?story_id=15106467

        Bah oui c'est du sérieux que le père noel il est habillé en rouge parce que noel est une fête anticapitaliste.😉

        (C'est un super raisonnement économiciste pour faire plaisir à l'agitateur.)

  3. Déchet social Says:

    Épistème, supposons que personne ne fait de cadeau, la consommation est réduite, car on ne se sent pas obligé d’acheter quoi que ce soit. Je nous épargne des constantes x et y pour la démonstration.

    Je me doutais bien que l’histoire du père noël habillé en rouge était une blague, mais j’avais peur que le raisonnement te paraisse crédible.

  4. Non non, si on veut être sérieux, il est certain que l’argumentation que j’ai présentée n’a rien de vraiment très convaincant. D’ailleurs, même du point de vue de la théorie économique orthodoxe, le terme de  »perte sèche » n’implique pas que noel ne soit pas bénéfique à l’économie(si on compare avec un scénario où il n’y a pas de noel), mais seulement qu’il ne s’agit pas d’une institution qui entraine une allocation optimale des ressources(ce n’est pas un scénario où les agents maximisent leur utilité). J’ai donc joué avec les mots, disons

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