La peur infantile des « révolutionnaires »

Bande de peureux et peureuses.

Vous souffrez de mollesse congénitale comme dirait Pierre Falardeau. Cette excessive timidité à vouloir mettre de l’avant vos idéaux, vos analyses, votre dialectique, votre rhétorique matérialiste. Cette honte à parler de l’anarchisme, du communisme et du socialisme autrement qu’à vos proches camarades. Ce malaise à dire « ca-pi-ta-li-sme » au lieu de termes veloutés comme « privé » et « entreprise », ainsi que cette crainte à vous affirmer ouvertement « anarchiste » ou « communiste » au lieu d’un simple et banal « anticapitaliste » (ou même nier en totalité toute étiquette !) en publique. Cette terreur maladive de lutter concrètement sur le terrain et d’agiter les masses avec de la propagande. Cette phobie même d’être rejetéE par autrui qui n’a pas la même conception de la réalité que vous, c’est-à-dire matérialiste.

Révolutionnaires, pourquoi limiter votre lutte au même niveau que les sociaux-démocrates bonNEs à rien ?

Lorsqu’il est question d’actions politiques, où êtes-vous ? Une manifestation où l’ensoleillement et le pacifisme illuminent les rues, vous appelez touTEs vos amiEs pour y participer et faire une belle promenade familiale qui, en bout de compte, n’a servi qu’à prendre l’air. Par contre, lorsque vient le temps d’une occupation, une action directe ou un sabotage, vous vous cachez comme des coquerelles et vous osez parler contre cette façon d’agir le lendemain de l’action afin d’éviter tout courroux des gens de votre réseau social. Mais vous vous dites « pour la Révolution », bien sûr.

Quelle hypocrisie ironique …

C’est comme l’ASSÉ réformiste (pour ne pas dire M. Pépin) dans son discours enflammé dans la tonalité et le gestuel devant une foule estudiantine aliénée, mais Ô combien renfermé et soumis dans la profondeur des mots et du message à l’Assemblée Nationale, allant jusqu’à serrer la main de la bourgeoise-ministre Courchesne une fois la commission terminée. Les grandes paroles sont évoquées avec épris lorsque vous vous adressez à qui le veut bien, mais vous fermez votre clapet là et au moment où vous devez justement frapper et combattre. Vous restez très fortE dans le maintient de votre image, mais véritablement lâche dans le maintient de vos idées.

C’est pareil le 15 mars lors de la manifestation contre la brutalité policière. C’est la fuite générale dès l’arrivée de gorilles équipés d’armures de béton où quelques secondes avant vous prononciez les phrases « No justice, no peace : fuck the police ! ». Pourtant, vous êtes supérieurEs en nombre et lourdement colériques face à la police qui, ne le cachons pas, espère éviter d’être encerclée et prise au piège. Parce que dans un tel cas, elle paniquerait. Freddy Villanueva en est la malheureuse preuve.

Mais quelle est cette pathétique attitude libérale de tout laisser aller, laisser passer, laisser faire et de ne jamais combattre les idées erronées, les analyses tronquées et les pensées réactionnaires ? De s’abattre sur vous-mêmes dès l’émergence d’un conflit de classe ? D’étouffer toute possibilité vers une révolte et d’empêcher à tout prix une quelconque radicalisation des mouvements ?

Cela me fait rappeler une « blague » de Slavoj Žižek dans son intervention sur le fait d’être révolutionnaire aujourd’hui :

In the good old days — now comes the dirty conclusion, I’ve warned you, it’s really dirty — in the good old days of really existing socialism a joke was popular among dissidents. A joke used to illustrate the futility of their progresses. In 15th century Russia, occupied by Mongols — that’s the joke — a farmer and his wife walked along a dusty country road, a mongol warrior on a horse stops at their side and tells the farmer that he will now rape his wife. He then adds, “but since their is a lot of dust on the ground, you should hold my testicles, while I am raping your wife so that they do not get dusty” — dirty. After the Mongol finishes his job and rides away, the farmer starts to laugh and jump with joy. The surprised wife asks him: “How can you be jumping with joy when I just brutally raped?” The farmer answers: “But I got him! His balls were full of dust.”

This sad joke tells of the predicament of dissidents. They thought they were dealing serious blows to the party nomenKlatura. But all they were doing was getting a little bit of dust on the nomenKlatura’s testicles.

En d’autres termes, vous êtes tellement pusillanimes que vous vous croyez avoir fait un geste puissant qui martèle la bourgeoisie alors que l’humanité, elle, continue concrètement de se faire violer quotidiennement avec votre accord indirect : celui de l’inaction.

Vous fantasmez à l’idée que la révolution s’en vient, tout naturellement, sans efforts, et que votre Maman Amérique latine (qui fut anciennement Papa URSS et Frère Cuba) va tout faire à votre place. En ce sens, il n’y a plus besoin de faire quoique ce soit et vous vous rattachez à ces soi-disant « révolutions du 21e siècle » qui ne font couler que quelques gouttes de sang séchées.

L’important ici n’est pas de salir les couilles de la bourgeoisie qui viole l’humanité sans gêne avec vous comme spectateur en première ligne. Comme disait Žižek à la fin de sa blague : « the point is : to cut them off ».

4 Réponses to “La peur infantile des « révolutionnaires »”

  1. Encore une fois, la triste réalité est illustrée…
    Il faut s’organiser!

  2. Ayoye ça fesse.

    Prends le comme tu veux, mais je trouve ça pas mal facile d’écrire une beau texte vomissant de l’acide quand tu es derrière ton écran sur un blog.

    Tu veux du terrain. Va sur le terrain.

    Tu veux un ras-de marée humain qui est prêt à risquer sa vie le 15 mars. Vas sur le terrain et sois en première ligne.

    Fais du terrain, va vers les gens. Organise à la place de cracher que le monde ne sont pas organisés.

    Je suis d’accord que plein de gens qui veulent changer le monde manquent de couilles (s’cusez l’expression sexiste) quand c’est le temps de faire face à la pensée dominante. Mais te trouver supérieur parce que toi t’es game de leur cracher au visage sur ton blog, pour moi ça te fais rentrer dans le même genre de catégorie.

    Là ce que je lis c’est: « j’aimerais ben ça faire des action d’éclat mais mes namis ils veulent pas me suivre faique finalement j’en fais pô » (ajoutez ici une moue boudeuse).

    Tu illustre parfaitement pourquoi je ne suis pas révolutionaire. « Tous avec moi prêts à faire exactement ce que je dis ou vous êtes des caves! ».

    Pis anyway une révolution commence par l’idée de révolte, qui elle-même commenca par « ÇA SUFFIT! ». Pas en essayant d’endoctriner les gens ou en leur criant qu’ils sont caves.

    -Quelqu’un qui continue à refuser les étiquettes et qui assume à 100% les occupations et les actions directes qui entrent dans la logique de lutte contre TOUTES formes de domination du corps et de l’esprit…

  3. Merci de ton commentaire tranchant et sans pitié. Ce sont des mots du genre que je veux lire sur le blogue, je t’invite à continuer.

    Or, je suis sur le terrain, je me mets toujours en première ligne (et je pars toujours le dernier), je ne me considère pas supérieur (bien au contraire !) et je ne crache aucunement sur les soi-disant révolutionnaires. En fait, je cherche à provoquer, agiter, piquer le maximum possible pour réveiller les âmes révolutionnaires engourdies et endormies.

    Je fais ma part, comme bien d’autres personnes, mais comme je l’ai souvent écris : sans les masses, c’est perdu d’avance ; sans l’idée de victoire, c’est perdu d’avance ; sans le maintient de ses idées, c’est perdu d’avance. Sur ce blogue, je tente d’écrire de temps à autres, je n’ai pas toujours le temps. La contrainte capitaliste m’assiège jour et nuit, et je dois m’y affaire avec ma faible force disponible (de là l’idée de l’organisation, de financement et armement des groupes révolutionnaires parce qu’autrement, on ne fait que perdre et encore et toujours).

    Je suis très pessimiste de l’intelligence, mais très optimiste de la volonté : tout va mal, les forces révolutionnaires sont extrêmement divisées et ça n’avance pas, sauf qu’il y a possibilité, et c’est cette possibilité que je tente de faire réveiller dans les esprits du lectorat qui se reconnaît parfois dans ce qu’ils et elles lisent.

    Je veux donc que les gens qui me lisent se réveillent et agissent, pas le contraire ! Je ne juge aucune personne révolutionnaire « cave » dû à son inaction ou « contre moi » parce qu’elle agit en contradiction avec une idée que je partage avec elle. Non, et tu le sais très bien.

    Certes, si tu affirme me reconnaître là-dedans, c’est qu’à quelque part, tu me connais, et si tu me connais, tu devrais comprendre que tu te trompe grossièrement. Ceci est un blogue, pas une arme révolutionnaire.

    On va mettre ça au clair : l’arme révolutionnaire, c’est le fusil.

  4. Rhinocéros Says:

    Je fais partie de ces endormis (disons que mes pupilles s’entre-ouvrent de temps à autre mais sans plus). Le problème est que, tous, les endormis comme les réveillés, nous ne pouvons agir sans l’arme révolutionnaire qui n’est pas le fusil, mais bien la masse, prête. Le fusil n’est qu’un outil révolutionnaire parmi tant d’autres.

    Reste à convaincre la masse. Peut-être que quand elle aura assez souffert, elle se révoltera.. Le problème c’est qu’elle s’engourdit à force d’illusoires, comme l’alcool ou la drogue, pour oublier dans quel monde on vit.

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