La perversion des rapports sociaux

Jouons à un jeu, voulez-vous ?

Mon premier est marchandise.

Mon deuxième est travail.

Mon troisième est routine.

Mon tout est un concept germé par Hegel, construit par Feuerbach, repris et développé par Marx, puis approfondi par les sociologues et philosophes, et finalement utilisé par les littéraires dans leur « art engagé ».

Vous avez trouvé ? Non ? Oui ? Peut-être ? Tic… tac… tic… tac… ding !

Réponse : aliénation. Vous savez, ce mot qui effraie les masses abruties et les intellectuelLEs soumisES à l’idéologie dominante néoconservatrice. Ce vieux terme moribond et moisi, chanté comme une berceuse engourdissante par nos idéologues réactionnaires de la « Nature Humaine Capitaliste » à ces étudiantEs endettéEs et aveugléEs par leur misérable carriérisme, est pourtant toujours d’actualité. L’aliénation est présente dans votre vie quotidienne : lors de vos achats, de votre labeur, de vos conversations, de votre demande de prêt, de vos rencontres avec des individus (parents, amiEs, camarades, professeurEs, collègues, amour) et encore plus.

Vulgarisons avant de continuer.

Le rapport que nous avons avec la réalité immédiate n’a plus de sens. Ce n’est plus un rapport avec des humains matériellement existants, en chaire et en os, ayant une personnalité, une histoire et une capacité de vous reconnaître. C’est un rapport avec un système, un objet, une chose, une abstraction absurde devenue une réalité oppressive, régente et destructrice. Les servantEs de la machine du Capital sont dépossédéEs de leurs propres moyens de subsistance, de reproduction, de socialisation et de réalisation de soi. Ce qu’ils et elles produisent n’est pas en leur contrôle, c’est une réalité extérieure. Ce fruit de la production, qui peut être une marchandise, un service, une action sociale, devient autonome et étranger à celui ou celle qui l’a crée (vous et moi). Finalement, les rôles s’inversent et les prolétaires (et même les bourgeoisES !) deviennent esclaves de ce qu’ils et elles ont produit. En d’autres termes, nous produisons une abstraction, une réalité étrangère qui nous réprime et nous jouissons de cette répression. Nous jouissons à la suite de l’accumulation de salariat, bêtement vue comme une accumulation de richesse, et dont le Capital ne fonctionne qu’ainsi, en consommant voracement. « J’aime ça acheter des bebelles moi ! M’acheter du plaisir, me rendre heureux en achetant ! » diront certainEs débiles inconscientEs de leur situation de classe de dominée.

Cette aliénation est donc incrustée dans nos rapports sociaux habituels et les transforment banalement en abstractions vidées de toute interaction humaine matériellement concrète. Lorsque vous avez faim, vous n’allez pas voir un boulanger, une fermière, un éleveur, une agricultrice : vous allez dans une foutue épicerie ou un supermarché du centre-ville. Une fois là-bas, vous n’avez pas une conversation humaine avec la personne sur les lieux, mais c’est votre monnaie qui prend l’initiative de tout : elle s’échange contre une marchandise dont vous n’avez jamais vu la personne créatrice de celle-ci, la prenez et repartez chez vous pour la consommer. Le rapport humain – humain se transforme en argent -marchandise, dénué de toute humanité. Mais sincèrement, vous achetez pour quelle raison ? Parce que vous en avez intrinsèquement besoin; parce que cela peut vous sauver énormément de temps, d’efforts et de place; ou bien parce que c’est ce qui exprime et affiche qui vous êtes ? En vérité, vous achetez car le Capital vous force à le faire dans cette logique du salariat : achetez ou crevez ! Pour acheter, il faut de la monnaie; pour détenir de la monnaie, il faut travailler !

Lorsque vous travaillez, vous ne travaillez pas pour vous, pour votre réalisation de soi, pour autrui dans le but de répondre aux subsistances de la société. Non, vous travaillez pour unE capitaliste qui prend votre production, qui vous impose un horaire, des tâches spécifiques et un salaire parce que vous êtes une marchandise, une machine « humaine » qui crée des profits pour le ou la patronNE. Vous n’êtes pas payéE pour ce que vous avez fait, mais pour une infime partie de votre production réelle : vous pouvez faire 5000$ de ventes en une journée, ou 500$ de service, ou 1000$ de production matérielle, mais vous n’allez recevoir que le strict nécessaire pour vous nourrir, vous « amuser » et dormir afin que vous reveniez le lendemain sans handicap dans votre force de travail. Vous travaillez pour correspondre à des chiffres calculés, nommés « profits », qui doivent être maintenus à un haut niveau. Si par mégarde vous n’atteignez plus les chiffres qu’on vous demande d’atteindre, on vous remplacera par une autre personne prête à travailler pour moins et plus longtemps. L’armée de réserve, que sont les personnes cherchant du travail, ne manquera jamais aux bourgeoisES.

Votre vie s’aliène vers le travail que vous employez. Il ne sert qu’à avoir un salaire, puisque le capitalisme tentaculaire l’exige avec violence sous peine de pourrir dans la rue, afin de vous faire croire que vous avez une humanité, une essence humaine (ensemble des rapports sociaux) en vous. Vous êtes bombardéEs de rêves et privéEs des votre : « Tu travailles pour payer tes études, avoir une maison, faire vivre ta famille, déboucher dans une carrière, t’assurer un avenir, posséder un beau CV ! » répètent ces démonEs voiléEs du Capital dans vos classes d’école depuis le primaire. Il est rendu tout à fait normal dans certaines universités américaines de mordre unE professeurE qui ne sait quoi répondre à une question que l’on pose : « J’ai payé, tu dois savoir la réponse ! » L’étudiantE n’est plus étudiantE : c’est unE clientE, et les professeurEs leur serveurs-euses. L’éducation est devenue un centre d’achat de connaissances et de savoir (inutiles dans bien des cas). L’information n’est plus qu’une marchandise, vous n’avez qu’à l’acheter ! Autrement, restez conNE et léchez les miettes de votre pathétique travail qui vous exploite.

Cela me fait rappeler de sages paroles écrites sur un mur de la Grande-Bretagne critiquant l’aliénation complète de notre réalité. Traduites, les paroles vont comme suit :

« Va travailler, envoie tes enfants à l’école, suit la mode, agit normalement, marche sur les pavés, visionne la télévision, épargne pour ton vieil âge, obéi la loi. Répète après moi : je suis libre. »

Soyons francs et franches : qui a essentiellement besoin de ce capitalisme pourri jusqu’à la moelle, bon pour ne devenir qu’une phrase d’un livre d’histoire sur la civilisation humaine ? Ce régulateur des pensées des masses et vecteur génocidaire de la mort dans le monde n’a rien, mais rien de bon à nous proposer. N’es-tu pas écœuréE de toute cette misère planétaire qui infeste chacune des vies humaines asphyxiées par les dettes, les contraintes et les répressions quotidiennes ? Tu n’es pas seulE : nous sommes touTEs foutrement écœuréE de ces canailles qui parasitent toutes les instances de la société pour pervertir notre interprétation du monde, ainsi que nos rapports sociaux.

Il faut se rendre à l’évidence : seule une ouverture vers la guerre populaire prolongée, aussi connue sous le nom de guerre de classes ou guerre civile, n’est possible pour le renversement complet de ce que les tigres en papier protègent en vous soumettant et bernant à leurs lois, leurs pensées, leurs règles. Cette ouverture, c’est la somme des mots armement, conscience et révolte. Cette somme, c’est l‘insurrection.

Révoltez-vous, simonaque !

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3 Réponses to “La perversion des rapports sociaux”

  1. déchet social Says:

    Petit commentaire personnel non structuré…

    Mon gérant m’a dit ce soir:

    «Tu n’es pas esclave»

    Paradoxalement, je travaillais comme un con en train de courir de haut en bas, de bas en haut en trimballant des assiettes, des verres, des bacs de glace et tout cette merde. Au moins, j’ai pu arrêter 4 secondes pour me prendre une gorgée de boisson gazeuse. Pour recevoir quoi en échange? Un salaire de 27$ pour 3 heures en retirant la cotisation syndicale et les impôts pour engraisser le syndicat et l’État. Bref, on m’exploitait de tous les côtés, mais on m’affirme que je ne suis pas un esclave. Non! Je suis membre de la communauté, de la Grande Famille de St-Hubert.

    Je viens de réaliser un stade d’aliénation avancé. Le sentiment d’appartenance à l’entreprise. Aussi pathétique que le nationalisme, il existe la fierté de se faire exploiter pour une entreprise en particulier. Mes collègues, me reprochant que je n’étais pas enthousiaste sur le plancher lorsque je me faisais exploité, m’ont permis de comprendre que nous étions les plus meilleur-e-s des rôtisseries et que l’on devait donner son maximum jusqu’à crier en entrant dans la cuisine! Les employeur-e-s nous amènent à rivaliser entre succursales, entre employé-e-s afin de maximiser notre productivité. Le pire, c’est que ça fonctionne, tout comme le système de motivation de l’employé-e modèle du mois.

    Quel est le rêve ultime d’un-e employé-e dans une entreprise? C’est de gravir les échelons! C’est de faire la pute devant son ou sa patron-ne pour le ou la persuader qu’il ou elle est la ou le meilleur-e. Ne me parlez surtout pas de me révolter! Maudit «syndicaleux» qui veut le beurre pis l’argent du beurre, sale fainéant-e!! Même pas capable de se fermer la gueule quand on profite de sa personne, de son travail. Ce que l’on souhaite, c’est un meilleur emploi qui nous permettra d’atteindre le niveau de vie que l’on nous vend! Ce qui est de formidable de l’aliénation sociale, c’est qu’elle se qualifie par cette absence de conscientisation de la population. Absence totale de critique des valeurs transmises et intériorisation de toute la merde qui nous est lancée en pleine figure (par les médias). S’il y a déviance, il y a réponse immédiate de l’autorité par la répression ou bien par le biais de la contrainte sociale par les agents de socialisation. Oui! Contrôle social.

    Le plaisir est une marchandise et une personne l’est aussi. Nous ne représentons qu’une quantité offerte de travail pour les capitalistes. Le haut taux de chômage démontre que la balance ne fonctionne pas ces temps-ci. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas sur le marché du travail? L’intervention étatique et son foutu salaire minimum! Et moi, moi si je veux travailler à 2 «piasses» de l’heure, crisse, j’peux-tu? Le chômage, l’assistance sociale, c’est réservé aux lâches! Le travail c’est bien, l’esclavage c’est mieux!

    L’insurrection pour se libérer de ce système… Qu’est-ce qu’on a à perdre? 40 ans encore pour se faire tuer à petit feu! Le système économique est fragile à présent et les masses s’appauvrissent dans ce système. Pour l’instant, ce n’est que de la consommation de produits pourris qui permet la survie du capitalisme. Les travailleurs et les travailleuses ont de la difficulté à survivre et remarquent la diminution de leur pouvoir d’achat. Cependant, que faut-il chez un individu pour qu’il se soulève, que doit-on lui retirer?? La nourriture. Quand les personnes crèveront assez de faim, elles finiront bien par se révolter.

    Mourir de faim, se tuer pour le travail ou bien crever pour une lutte justifiée afin de se libérer?

  2. Déchet social Says:

    De la servitude moderne…

    « Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. »

    « Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles. »

    – William Shakespeare

    «La servitude moderne est une servitude volontaire, consentie par la foule des esclaves qui rampent à la surface de la Terre. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises qui les asservissent toujours un peu plus. Ils courent eux-mêmes derrière un travail toujours plus aliénant, que l’on consent généreusement à leur donner, s’ils sont suffisamment sages. Ils choisissent eux-mêmes les maitres qu’ils devront servir. Pour que cette tragédie mêlée d’absurdité ait pu se mettre en place, il a fallu tout d’abord ôter aux membres de cette classe toute conscience de son exploitation et de son aliénation. Voila bien l’étrange modernité de notre époque. Contrairement aux esclaves de l’Antiquité, aux serfs du Moyen-âge ou aux ouvriers des premières révolutions industrielles, nous sommes aujourd’hui devant une classe totalement asservie mais qui ne le sait pas ou plutôt qui ne veut pas le savoir. Ils ignorent par conséquent la révolte qui devrait être la seule réaction légitime des exploités. Ils acceptent sans discuter la vie pitoyable que l’on a construite pour eux. Le renoncement et la résignation sont la source de leur malheur.

    Voilà le mauvais rêve des esclaves modernes qui n’aspirent finalement qu’à se laisser aller dans la danse macabre du système de l’aliénation.

    L’oppression se modernise en étendant partout les formes de mystification qui permettent d’occulter notre condition d’esclave. Montrer la réalité telle qu’elle est vraiment et non telle qu’elle est présentée par le pouvoir constitue la subversion la plus authentique. Seule la vérité est révolutionnaire.»

    – anonyme

  3. mais comment faire pour qu’ils se révoltent (ceux qui accepte leur malleur sans discuter)

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